AngèleLN

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1 Avr 2019
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Je suis également assez partagée sur cette loi... D'une part je me dis que ça peut permettre de sauver des femmes (pour rappel 122 féminicides en 2019 et une hausse importante des violences conjugales pendant le confinement : +30%), d'autre part je me dis que beaucoup de femmes pourraient hésiter à aller se faire soigner et que même certains hommes violents ne vont plus envoyer leurs femmes se faire soigner avec cette loi.

Par contre, je ne suis pas forcément d'accord avec les autres solutions proposées, pour moi ce sont aux hommes violents de quitter leurs domiciles et non pas aux femmes battues. Il n'existe qu'un seul (!) foyer pour hommes violents en France (à Arras) et celui-ci fontionne : cela a permis de baisser la récidive (taux de 13% pour ceux qui sont passés dans ce foyer contre une moyenne nationale de 40%). Je ne comprends donc pas que cette mesure ne soit pas nationalisée ! Comment fonctionne l’unique foyer d’accueil pour les hommes violents

D'autre part, le nerf de la guerre c'est l'éducation ! Cet article internet est je trouve intéressant pour connaître les causes des violences conjugales : CAUSES DE LA VIOLENCE FACTEURS PREDISANT A LA VIOLENCE
Et clairement c'est un mélange du fait que nous vivons dans une société patriarcale, une reproduction des schémas familiaux et aussi une cause peut être neurobiologique. Nous ne pouvons rien faire pour la dernière raison mais je pense qu'on peut changer les deux autres facteurs.
 
Dernière édition:

pravda1917

Well-known member
7 Avr 2019
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@AngèleLN je suis totalement d’accord avec toi sur le fait que c’est à l’homme de quitter le domicile familial mais il me semble important qu’il y ai absolument toujours de la place (donc de beaucoup plus de centre) pour accueillir les femmes qui fuient avant de porter plainte (et qui peuvent mettre un temps à le faire). Il faut des hébergements pour les femmes qui ne veulent pas porter plainte aussi (pour ma part, je ne condamnerais jamais une femme qui n’arrive pas à porter plainte, c’est évident que dans l’ensemble ce serait mieux mais il arrive que psychologiquement ce se soit pas possible et faire pression sur une victime pour qu’elle le fasse quoiqu’il en coûte me semble être aussi une violence).

Cela dit, j’ai quand même l’impression qu’il y a à la fois de la poudre aux yeux et du mépris pour les asso de terrains. Visiblement il y a une faille juridique sur le secret médicale qui permet de dénoncer les violences (c’est qu’affirme une des médecins de l’article) donc quel est l’interêt de cette loi si ce n’est de dire « nous avons fait quelque chose pour lutter contre les violences malgré tout ce dont vous nous accusez » sans même se concerter avec les personnes qui ont les mains dans le cambouis.
Par ailleurs la France a visiblement un problème avec la question du consentement. Son défaut n’est pas la base juridique du viol et quand une femme est victime de violence on peut s’en passer aussi. Pour ma part je trouve ça extrêmement préoccupant que la notion de consentement soit si malmené juridiquement
 

Calipo

Well-known member
27 Mar 2019
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Je ne suis pas forcément d'accord avec l'article notamment en ce qui concerne l'infantilisation des femmes qui devraient sortir de leur situation qd elles le veulent. Toutes les femmes n'ont pas la force de s'en sortir seules. Qd on est sous l'emprise d'un conjoint violent on est pas seulement infantilisée, on est en danger de mort.
Partir du principe qu'un jour la personne aura un déclic quel qu'il soit et fera le premier pas elle-même n'est pas suffisant à mon sens. Sans compter que dans une cellule familiale, quand un parent est maltraité, les enfants le sont aussi, au moins psychologiquement.

Donc la responsabilité du médecin peut être multiple, non seulement il faut protéger le/la patient-e, mais quand celui-ci a des enfants, les enfants avec.

Ma belle soeur est sage femme. Quand une femme arrive à l'hôpital pour accoucher couverte d'hématomes et de cicatrices, que toutes les discussions du monde ne la font pas changer d'avis et que tout ce qui reste à faire c'est la regarder rentrer de son propre chef chez son bourreau avec un nourrisson sans défense sous le bras, très clairement le secret médical ça ne protège personne à part le conjoint violent.
 

Mundis Lacrima

Femme fromagivore ♥
3 Jan 2019
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Mais ça ne signifie pas forcément d'aller à l'encontre du consentement de la victime, si ?
Peut-être qu'une personne souffrant de violences ne se sent pas le courage d'enclencher les démarches pour se protéger, mais qu'un coup de pouce extérieur peut être salvateur, tout en étant dans le consentement... ? (après j'avoue ne pas m'être penchée plus que ça sur la question)
 

cilijoya

Carabistouilles !
2 Jan 2019
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Je ne comprends pas bien ce que cette loi apporte de plus que ce que permettait déjà celle pour les personnes vulnérables. Il y était déjà question de vulnérabilité physique et psychique il me semble...est-ce que les phénomènes d'emprise ne sont pas considérés comme une vulnérabilité psychique :dunno: ? Pour l'instant, dans ce que je lis à ce sujet, ça me donne plus l'impression d'un effet d'annonce pour pas grand chose par rapport à ce qui existait.

En tout cas, merci @ManonPW pour les ressources données dans l'article, ça permet de creuser un peu plus la réflexion.
 

Fonkey_fanini

Well-known member
8 Jan 2019
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L’article qui existe (article 226-14 du code pénal) permet de se passer de l’accord de la victime pour les violences physiques sexuelles ou psychiques dans le cas d’un mineur ou d’une personne qui n’est pas en mesure de se protéger (en raison de son âge ou de son incapacité physique ou psychique).
Ce n’est pas forcément adapté au cas des violences conjugales.
Là il s’agit de permettre d’informer le procureur en cas de violence mettant la vie de la victime majeure en danger immédiat quand elle n’est pas en mesure de se protéger notamment en cas d’emprise.
C’est un dispositif proche mais tout de même pas identique.
Et il ne s’agit pas de signaler des cas tous les 4 matins mais bien de protéger des femmes en danger immédiat.
Le secret professionnel est très sensible et un aspect important de la pratique de la médecine, ces signalement ne se feront pas à la légère je pense.

Les ressources de Manon sont intéressantes, mais c’est dommage de ne pas donner de lien vers la proposition de loi. C’est quelque chose qu’il n’y a jamais dans les articles (pas que sur Rockie): on a toujours des interprétations de textes et des avis dessus, mais jamais le texte lui même. Le droit est un peu difficile à lire, mais juste insérer un lien pour aller regarder ça faciliterait l’accès au droit justement. Pour moi c’est un travail de journaliste de donner toutes les ressources, libre aux gens de les consulter ou pas

Si ça intéresse d’autres personnes:
Proposition de loi nº 3072, modifiée par le Sénat, visant à protéger les victimes de violences conjugales
article 8
 

Sophie L

Well-known member
11 Mar 2019
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L'idée de départ semble partie d'une bonne intention. Mais pour moi, cela s'apparente non seulement à une infantilisation de la patiente victime de violences conjugales, mais également à outrepasser son consentement.
Bien sûr que les femmes devraient porter plainte, mais si elles ne le font pas c'est qu'elles ont leur raison. Elles seules doivent le faire.
Un.e Rockie a suggéré que c'est le traitement de la plainte qui devrait être amélioré : je plussoie. Que la parole des femmes soit entendue et suivie d'actes judiciaires immédiats.

Ceci dit, au vu des circonstances et du récent message envoyé par notre gouvernement... Je suis très inquiète quant à l'amélioration de ce traitement.
 

ChatChocolaté

Well-known member
4 Jan 2019
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L'idée de départ semble partie d'une bonne intention. Mais pour moi, cela s'apparente non seulement à une infantilisation de la patiente victime de violences conjugales, mais également à outrepasser son consentement.
Bien sûr que les femmes devraient porter plainte, mais si elles ne le font pas c'est qu'elles ont leur raison. Elles seules doivent le faire.
Bah la raison, en général, c'est qu'elles sont sous emprise et/ou terrorisées par leur mari... C'est pas franchement une raison valable selon moi. Après c'est évident qu'il faut aussi améliorer l'accueil dans les commissariats et le traitement des plaintes, c'est absolument nécessaire, mais lever le secret médical en cas de danger grave ce n'est pas infantiliser ni outrepasser le consentement (qui est de toute façon altéré quand on est sous emprise), c'est juste tenter de sauver une vie.
Je ne comprends pas trop cette levée de bouclier face à cette mesure, je la trouve pertinente au contraire. Comme dit plus haut il faut que ça aille de pair avec une meilleure formation (enfin, une formation tout court) des policiers et des magistrat.es, et plus globalement une bonne réforme de l'institution judiciaire, mais l'idée en soi me semble bonne. Peut-être que ça pourrait aider à faire baisser le nombre de féminicides ?
 

Rosenrot

Sans tiret bas
3 Jan 2019
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@ChatChocolaté : La raison, ça peut aussi être que partir peut être plus dangereux (à court terme) que rester. :dunno: Le refus de la séparation est la première cause d'homicide conjugal. Et c'est sans compter les cas moins graves de harcèlement, etc. La violence ne va pas cesser parce que les autorités ont été prévenues. Bien sûr qu'il vaut mieux partir ! Mais le timing est très important, un départ d'une relation violente, ça se prépare, et c'est pour ça que c'est risqué de laisser ce timing entre les mains d'une personne externe qui n'a pas forcément tous les éléments en main pour jauger la situation.
C'est facile de dire que les victimes de violences conjugales ne veulent pas quitter leur conjoint parce qu'elles sont "sous emprise" comme si ça les rendait incapables de réfléchir, mais beaucoup sont lucides sur leur situation et ont des raisons matérielles de rester. Et quand bien même elles ne sont pas en mesure de voir la porte de sortie et les solutions parce que leur perception est biaisée, elles ont par contre des informations qu'une personne externe n'a pas : ce que ça fait concrètement de vivre 24h/24 avec un conjoint violent, avec quel niveau de danger dans quelles circonstances, quels sont ses moyens financiers et matériels à elle, quels proches pourraient ou non lui venir en aide, quelles sont les contraintes au niveau des éventuels enfants (est-ce qu'ils doivent aller à l'école proche du domicile, est-ce qu'il est certain que le conjoint violent n'en obtiendrait pas la garde ?*), ce qui leur donne une certaine expertise de leur relation pour calculer les risques et les bénéfices d'un départ.
*D'autres ont dit que les enfants étaient aussi les victimes des violences, au moins par l'impact psychologique, mais c'est pas toujours le cas : les enfants peuvent réellement ne pas en être témoins (l'auteur des violences et la victime ayant tous les deux intérêt à le cacher) et peuvent entretenir une bonne relation avec le père, qu'ils soient ou non conscients des violences. C'est pas parce qu'il y a violences qu'il n'y a pas d'amour ou du moins une version déformée et manipulatrice de l'amour. C'est justement parce que la relation n'est pas aussi manichéenne que c'est difficile d'en sortir.

Je dis pas que cette loi est forcément une mauvaise idée, je pense pas qu'on puisse affirmer qu'un signalement externe ait le même résultat dans tous les cas, parce que… ça dépend. Toutes les situations ne sont pas identiques, les interlocuteurices qui prendront le relais peuvent être plus ou moins bien formés à la prise en charge des victimes de violences conjugales, les moyens et le réseau de soutien dont dispose la victime ne sont pas les mêmes, etc. C'est peut-être un pas en avant et je ne peux que le souhaiter, mais si le suivi derrière n'est pas assuré par la justice et qu'il n'y a pas un plan réel pour mettre à l'abri la victime et ses éventuels enfants, j'ai beaucoup de doutes.


J'ai l'impression que mon message est hyper pessimiste, donc je préfère quand même le dire au cas où : c'est pas une situation sans issue, il existe des solutions pour mettre fins aux violences et il suffit parfois juste d'en parler à une personne de confiance pour mettre la machine en route. :fleur:
 

ChatChocolaté

Well-known member
4 Jan 2019
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@Rosenrot Mais je sais que partir est dangereux :dunno: Et pourtant il faut bien partir un jour, non ? J'ose espérer que, si levée du secret médical il y a, les femmes seront entourées et aidées dans leur projet de départ (réalisé avec précaution et cohérence) et pas juste balancées dans la fosse aux lions en mode "j'alerte les autorités judiciaires, et démerde toi ensuite". Au contraire, c'est positif puisque les femmes ne seront plus (en théorie) seules et pourront s'appuyer sur différents relais.
Je ne comprends pas trop qu'on repousse une telle mesure au prétexte qu'elles sont "lucides sur leur situation et qu'elles ont peut-être des raisons matérielles de rester". Dans des affaires comme ça, tout est question de priorités. Au bout du compte, qu'est-ce qui est le plus important : sauver potentiellement une vie ou se borner à respecter le consentement des femmes, sachant que toutes les conditions ne sont pas réunies pour qu'il soit exercé pleinement ? (personne ne reste par attrait pour les violences, mais parce qu'il y a emprise, dépendance financière, peur de ce que pourrait être l'avenir, peur des représailles, etc).
Par contre, effectivement, sans suivi solide derrière, ça ne servira à rien.
 

jorda

Well-known member
7 Sept 2019
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J'avoue que je suis partagée sur cette mesure.

D'une part, on parle de possibilité de signalement "en cas de danger immédiat", on pourrait se demander, s'ils vont jusqu'au bout de leur logique pourquoi ne pas également signaler pour les traces de violence même "moins graves". La violence conjugale reste une violence, pourquoi attendre les cas les plus graves pour agir?

De l'autre côté, effectivement, dans une situation où la victime n'a que peu d'emprise sur ce qui lui arrive, le fait d'être forcée par le médecin à enclencher une procédure sans son consentement peut être risqué si la personne ne se sent vraiment pas prête.
Cela vaut d'autant plus que souvent, l'accueil des victimes est catastrophique et que les gens en confiance sont davantage crus que les gens peu sûrs d'elleux et craintifs (quand bien même ces dernières sont victimes).

Je suis partagée car je me demande si dans certains cas, ce ne serait quand-même pas la seule solution de forcer les choses... le problème est que le résultat pourrait être dangereux pour la victime (mais le fait de rester aussi est dangereux). C'est un vrai casse-tête, j'avoue... Tant que la victime n'ose pas porter plainte, la situation reste très difficile à dénouer, et les bourreaux savent très bien comment tirer les ficelles pour se protéger de la justice (en se servant des enfants, par exemple, en menaçant d'abandon de famille si la victime part, ou autre...).

Mais si la victime porte plainte, il faut aussi que les institutions suivent derrière, or c'est très très loin d'être le cas, et la peur que ça n'aboutisse pas ou le "on peut rien faire" ou encore la peur que les stéréotypes se retournent contre la victime, font qu'elles n'osent rien.
Je rejoins @Rosenrot sur son pessimisme.

@Mélishnek
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Je pense aussi qu'il est indispensable que l'accueil des victimes (et quand je dis "victimes", je pense aussi aux victimes minoritaires éprouvant aussi d'immenses difficultés à s'en sortir) soit amélioré, avec des formations en victimologie pour les policier.e.s accueillant les victimes, car pour le moment, ça n'est pas acceptable et c'est l'une des raisons de l'inaction des victimes.
Sans un meilleur accueil des victimes, ni un suivi institutionnel, je reste très pessimiste...
 
Dernière édition:

Marj Oram

accord n°2
4 Jan 2019
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Je suis également très partagée sur cette mesure, pour des raisons déjà évoquées par les un.es et les autres.
J'en rajoute une : le corps médical est parfois un très bon acteur du patriarcat et d'autres discriminations (racisme, syndrome méditerranéen, validisme, transphobie etc) parce que la personne en blouse blanche se positionne parfois en "sachant" sans prendre en compte ce que dit la personne de sa situation. Donc ça me fait craindre une infantilisation accrue dans certains cas...

Mais bon, vraiment il y a des arguments pour et contre cette mesure. Ma première réaction a été positive en tout cas.