Une Rockie

Une Rockie Anonyme
25 Nov 2018
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Quand j’étais petite, mon souhait était de faire un métier qui me permettrait de prendre soin des personnes dans le besoin. Malades, handicapés, en grande précarité…. Je voulais venir en aide à tout le monde car j’ai toujours pensé que l’on devait être solidaires les uns avec les autres, pour avancer vers un futur plus optimiste… Tel était mon leitmotiv.
J’ai donc commencé l’école d’aides-soignante·s dès que j’ai eu 18 ans, pour être diplômée une année plus tard.
Pendant mes études, je me suis aperçue lors de mes stages, que cette valeur d’entraide n’est pas dans le vocabulaire de tout le monde.
En effet, certains membres du personnel prenaient plaisir à maltraiter les élèves en leur donnant des tâches difficiles, en les harcelant, en leur mettant la pression inutilement, en les critiquant devant des patients…
8 minutes par résident
Quelques semaines après avoir été diplômée, j’ai signé un CDI dans une maison de retraite privée appartenant à un grand groupe. J’ai vite compris que...
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Dernière édition par un modérateur:

Gringo

Anciennement Gringo
2 Jan 2019
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C'est exactement ça. Je l'ai fait pendant 3 étés de suite et ça a été les pires périodes de ma vie. Etre aussi maltraitante par la force des choses ça ne rend pas heureuse.
Comme dans tout dans la santé: augmenter le nombre de postes et un chouilla le salaire. Mais c'est surtout le nombre qui pose souci.
 

happydrunkmouse

Well-known member
3 Jan 2019
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Ca me rend tellement triste de lire ce genre de témoignages ! Ma soeur a arrêté ses etudes d'infirmière après le premier semestre de la troisième année, c'est à dire qu'elle en avait pour plus très longtemps mais elle a été écoeurée de ce qu'elle a vu partout dans ses stages, et surtout en EHPAD, qu'elle a tout arreté du jour au lendemain !
 

Ginielafee

Member
4 Juil 2019
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Moselle
Je ne sais pas quoi écrire tellement ce que je ressens est bien décrt dans ce texte.
J'ai été aide soignante pendant 18ans, dont 10ans en EHPAD. J'ai tellement aimé ce métier, mais les conditions se sont tellement détériorés que j'ai du arrêter, je me suis reconvertie cette année.
Je ne sais pas comment tout ça va finir, le personnel de santé est en train de se noyer...
 

Cococat

Well-known member
3 Fev 2019
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C est tellement dommage. C est pourtant un beau métier mais vouloir user les soignants, les sous payer, on en arrive à un point de non retour. Une des mes amies d enfance est aide soignante à domicile, elle adore son métier, mais quand je vois l amplitude horaire qu elle subit, l investissement physique et psychologique que son métier lui demande, je suis complètement scandalisée par le salaire.
 

Cisske

Well-known member
23 Avr 2019
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Paris
Bienvenue au club...
Je suis infirmière dans un grand hôpital. J'adore mon taff mais je n'en pouvais plus des conditions de travail. Les nuits pour ma part, de 12h et plus... Les semaines de 60h... Le personnel manquant, et surtout le temps manquant pour bien faire les choses, prendre le temps d'être auprès des patients. La nuit n'est plus épargnée maintenant... Ça fait un moment que je bosse et toutes mes collègues sont dans le même état. Quand tu entends les anciennes qui sont là depuis 30 ans et te racontent comment c'était avant, tu te dis que t'es pas née à la bonne époque.
Comme toi j'ai fait le choix de partir. Je quitte l'hôpital pour le domicile, il paraît que c'est l'avenir en plus... J'espère juste que ça ne deviendra pas comme l'hôpital. Le système de santé se casse la gueule et personne au gouvernement ne fait rien, soit disant que y'a pas de sous. Il y en a des sous, c'est juste qu'on les met pas au bon endroit...
Bonne continuation dans ton parcours professionnel, je te souhaite de trouver l'épanouissement que tu cherches !
 

LadyMonster

Well-known member
4 Fev 2019
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Je rejoins le club...
Après 9 ans en poste dans un ehpad, j'ai rendu mon tablier fin mai.
Je n'en pouvais plus des conditions de travail, de devenir maltraitante malgré moi parce que je suis débordée et épuisée, parce que à certains moment tu te retrouves seule pour gérer 24 résidents dont un certain nombre désorientés/incohérents/agressifs, les familles qui ne te font pas confiance ou te prennent pour une débile (ben oui si tu n'as fait "que" Aide Soignante, c'est forcément que t'es pas bien futée...).
Je crois que ce qui m'a le plus touché ce sont les malheureux qui sont en fin de vie et qu'on ne peut même plus accompagner décemment. Nous passons les voir dès que possible, nous leur accordons chaque petite minute que nous pouvons grappiller, mais ne nous voilons pas la face, dans l'ensemble ils meurent seuls dans le fond de leur chambre.

J'avais atteint un tel stade que j'ai manqué y laisser ma peau. Je me suis levée un matin pour aller bosser avec un problème de santé que j'ai identifié mais que j'ai préféré ignorer parce que je ne voulais pas laisser mes collègues tout autant épuisée dans la galère, j'ai tenu le coup, j'ai bouclé ma matinée de soins et j'ai finit aux urgences dans la foulée et au bloc opératoire le soir même.

Je suis triste parce que j'aime mon métier, je ne m'en vais pas parce que j'en ai fait le tour, loin de là, il y a tellement de choses que j'aurais voulu pouvoir faire, mais juste parce que je suis à bout de force.

Je vais tenter de trouver d'autres façons d'exercer auprès des personnes dépendantes mais j'ai du mal à avoir encore de l'espoir pour ma profession.
 

Acacia Dealbata

Well-known member
24 Mar 2019
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Je rejoins la plupart des témoignages au-dessus. J'ai surtout travaillé en EHPAD (maison de retraite) et ça ne me donne absolument aucune envie d'y vivre un jour ou d'accepter que mes parents y soient. Le travail y est pénible, et on fait partie malgré nous d'un système maltraitant. Je ne compte même plus les jours où je dois assurer deux postes parce qu'une collègue est en arrêt maladie (sans la paye qui va avec). Les équipes sont en souffrance, et les patients/résidents aussi.
La logique de rentabilité et de clientélisme (ex. : être plus attentif à une personne dont la famille débourse 5000€/mois qu'une autre qui paye moitié moins) m’écœure au plus haut point. J'aime mon métier mais je ne m'y retrouve plus, donc je suis en reconversion. Je continue à bosser en tant qu'aide-soignante en parallèle de mes études parce qu'il faut bien vivre.
Mes amies IDE se trouvent pour la plupart dans la même impasse ; reconversion aussi, parfois dès la sortie du diplôme... Travailler dans des conditions aussi dégradées, ce n'est pas acceptable.
 

Meianne

Reine des lessives de l'Ouest - Maman de Bébébooh
12 Jan 2019
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Nantes
En l'espace de ces dix dernières années la psychiatrie a fait d'énormes progrès au niveau de la prise en charge des malades, il est à espérer qu'il en sera de même pour la gériatrie dans les années à venir.
La psychiatrie vit pourtant une grosse crise, tant au niveau des effectifs que du manque de lits et de moyens... Les équipes se sont formées et sans doute améliorées, on a progressé sur les thérapies et certains traitements... Mais la crise de l'hôpital public est particulierement marquée en psychiatrie, si je me base sur ce que vivent les soignants que je connais y travaillant.

Du coup j'avoue ne pas souhaiter le même destin à la gériatrie, même si je me fais assez peu d'illusions sur ça vu les actions mises en place par nos gouvernements successifs et la casse du système public.

Toutes mes pensées à la rockie qui témoigne et à tout.e.s celleux usé.e.s par le système de santé à bout de souffle dans lequel on exerce.
 

Scrapy

Ne pas citer mes messages, mais le pseudo ok
1 Fev 2019
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Ex étudiante en soins infirmiers qui a arrêté au bout d'un an de formation. Je n'étais qu'en première année et j'ai ressenti exactement l'ambiance et les conditions de travail de ce témoignage.

Ce sont de beaux métiers mais les dégradations des conditions de travail, le "faire plus avec toujours moins" pour des métiers aussi humain, m'ont fait prendre conscience que ça ne servait à rien dans mon cas de continuer les études : j'aurai sûrement pas tenu sur la durée...

Courage a tous les soignants
 

Contraste

Member
4 Mai 2019
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Je ne suis pas aide-soignante. Je ne travaille pas dans le médical. Ce type de témoignage me conforte dans mon idée d'un suicide assisté à 80 ans. Aucune envie de me retrouver dans des mouroirs pareils :-( Aucune envie de vivre cette vieillesse là.
Ca me fait peur ce que tu dis...
On en arrive donc à casser le service public au point que les gens vont préférer mourir que d'en bénéficier... Tout bénef pour les gouvernements
Ca me répugne (pas ton commentaire, mais la logique de destruction du service public)
 

Yonei

Well-known member
11 Oct 2019
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Frankfurt am Main
Quel triste constat... D'autant plus que pas un seul commentaire ne vient apporter d'expérience positive (du point de vue des conditions). Cela devrait être une priorité du gouvernement...ou alors qu'ils viennent, ces politiciens, travailler une semaine dans les EHPAD dans les mêmes conditions.
Quel manque de respect à la fois pour nos aînés et ceux et celles qui se consacrent à eux au détriment de leur propre santé. Les conditions me semblent parfois meilleures en prison !
 

LouMartha

Well-known member
20 Jan 2019
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Quel triste constat... D'autant plus que pas un seul commentaire ne vient apporter d'expérience positive (du point de vue des conditions). Cela devrait être une priorité du gouvernement...ou alors qu'ils viennent, ces politiciens, travailler une semaine dans les EHPAD dans les mêmes conditions.
Quel manque de respect à la fois pour nos aînés et ceux et celles qui se consacrent à eux au détriment de leur propre santé. Les conditions me semblent parfois meilleures en prison !
Les choses ne sont pas meilleures en prison. Ce qui peut donner cette impression, c'est que les personnes détenues sont en moyenne en meilleure santé que les personnes en EHPAD.
Mais les conditions de vie quotidiennes sont vraiment mauvaises dans les prisons françaises.
 

Yonei

Well-known member
11 Oct 2019
35
199
33
Frankfurt am Main
Les choses ne sont pas meilleures en prison. Ce qui peut donner cette impression, c'est que les personnes détenues sont en moyenne en meilleure santé que les personnes en EHPAD.
Mais les conditions de vie quotidiennes sont vraiment mauvaises dans les prisons françaises.
C'est vrai, et ça mérite d’être rappelé. Désolée d'avoir forcé le trait !
 

Clara Gribouille

Well-known member
19 Mar 2019
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Kortrijk
Quand j'ai fait ma formation d'aide soignante en Belgique c'était pour apprendre le néerlandais, et pour enfin trouver une place dans cette société. J'en avais marre d'être artiste sans le sous seule dans mon appartement. Et puis j'avais un petit dont il fallait être pleinement responsable. Comme j'ai toujours aimé aider les autres, ce métier me trottait dans la tête. Sa formation rapide, en un an m'a convaincu, j'avais pas envie de rempiler pour 3 ou 5 ans, comme je l'avais fait par le passé aux beaux-arts...
J'ai adorée la formation, j'ai appris une langue, j'ai rencontrée des nanas du monde entier (c'était à Bruxelles) venant de classes pauvres, moi je viens plutôt de la classe populaire. J'ai appris à cuisiner Flamand, j'ai appris la communication non violente et surtout j'ai appris le corps humain, j'ai bossé comme une folle et puis je suis allée en stage... Et là Bam ! La réalité du travail, les collègues medisantes dans ton dos, la charge pour le dos, la rudesse du truc qui t'oblige à devenir "mal traitant" parce que tu n'as pas le temps, pas le matos etc pfff c'était l'horreur sincèrement. Je suis retourné finir la formation car je voulais voir et faire le stage à domicile et effectivement ça m'a plus convenu... Mais c'est quand même à la chaîne, 1 heure ici, 30 minutes là, 2h chez Intel... Bosser le samedi.
Quand j'ai vu mon salaire, ma tête, ma famille, j'ai choisi de devenir femme de ménage. Je vais 4 heures chez quelqu'un et 4 heures chez un autre, je bosse aux heures d'école je suis disponible pour mon fils. Les 200 euros de différences de salaire ne font pas du tout le poids face à tous les avantages que j'ai de ne faire plus que du ménage... Sauf que du coup nos personnes âgées restent seules dans leurs excréments, à périrent en souffrance, agonie perpetuée à petit feu par la prise de médicaments dont ils ne veulent même plus mais dont ils sont forcés de prendre...