Portnawak

Well-known member
26 Jan 2019
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Ca ne m'est jamais arrivé donc ce que je vais dire est peut-être complètement faux, mais je trouve que le fait que des femmes connues parlent de ces évènements malheureux peut aider les autres femmes. Pas en enlevant leur peine, ni en les réconfortant, mais juste à se sentir moins coupable, peut-être, en sachant que ça n'arrive pas qu'à elles.
 

grenouilleau

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9 Jan 2019
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édit : commentaire pas compassionnel, donc si le sujet est sensible personnellement, sauter le message (pas assez pour un spoiler, faut pas exagérer, mais je préfère prévenir)
Faut ajouter que les fausses couches sont finalement assez fréquentes, souvent en début de grossesse (c'est pour ça qu'on dit de pas annoncer la grossesse avant la fin du 1e semestre si j'ai bien compris), et qu'en réalité c'est pas non plus toujours un drame personnel.
Ça peut aussi juste être "oh ben c'était pas pour cette fois si", et si les futurs parents se sont pas projetés encore, et qu'iels ne voient pas l'embryon comme un bébé (ça n'en est d'ailleurs pas un à ce stade), ou même le fœtus pas encore né comme un bébé, ça peut être juste un truc de la vie qui arrive, parce que c'était pas l'heure et puis voilà. Je trouve ça bien de dire que ça existe, que ça peut-être une souffrance, mais c'est important de rappeler que ça n'est pas forcément une souffrance non plus.
Et même, pour les femmes qui n'ont pas de contraception, ou dont la contraception a pas marché, ça peut-être une très bonne nouvelle.

Ce que je veux dire, c'est qu'une femme qui pleure sa grossesse (parce que si ça se trouve le "bébé" en question est pas encore là, c'est juste que le rêve d'un bébé n'est pas concrétisé), c'est tout à fait "patriarcalo-compatible".
Donc en soi, oui certaines peuvent mal le vivre, et c'est horrible pour elles, et il faut les consoler.
Mais c'est pas spécialement féministe comme position, donc je le vois pas comme une position féministe personnellement.
 

Sophie L

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11 Mar 2019
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Pour le coup, je ne me suis jamais sentie "coupable" d'avoir perdu deux grossesses, car je savais que ce n'est pas un supposé "comportement à risque" de la femme enceinte qui est en cause.
Pour moi ça se situait à deux autres niveaux :
- mon corps avait "failli", et ça c'était juste intolérable pour moi, sachant que je suis très sensible aux comparaisons avec les autres femmes et que le fait d'être "moins féconde" que madame Tout le monde qui enchaîne les grossesses est très douloureux pour moi (tiens, la comparaison entre femmes, brillante idée du patriarcat aussi),
- j'avais vu l'un des deux embryons à l'écho et entendu son cœur, il se développait a priori normalement, et j'ai dû faire son deuil très brutalement, avec beaucoup de chagrin. Je me suis toujours demandée "avait-il une anomalie chromosomique ou ai-je eu un problème hormonal /infectieux /immunitaire qui a interrompu la vie d'un futur enfant en bonne santé"? La douleur n'est pas la même selon que ce soit l'un ou l'autre.
Je dirais que c'est le deuil du projet d'enfant, ou de l'enfant rêvé, qui a lieu en réalité. Moi j'ai souffert particulièrement la deuxième fois parce que la possibilité que ce soit un enfant en bonne santé m'a plongé dans un immense chagrin (j'avais déjà un fils aîné, donc j'identifiais l'embryon décédé au grand frère).
Par contre, quand il n'y a pas de cœur et que le développement s'interrompt vite, j'ai tendance à me dire que ce n'est pas un drame d'un point de vue émotionnel, juste la peur et la frustration qu'au niveau biologique ça n'ait "pas marché de façon optimale".
Alors qu'en fait, si on y réfléchit bien... L'échec est tout à fait normal, concernant le corps humain. Les fc sont... normales (sauf qd elles sont récurrentes, et encore ça ne veut pas dire qu'un enfant ne paraîtra pas un jour).
Bref, bien souvent les fc ne sont que des fins "inéluctables" d'embryons qui ne seraient jamais devenus enfants. De simples déchets biologiques en somme... mais les médecins ne devraient jamais le considérer comme tel devant une patiente, car c'est tout un projet et un attachement réels qui ont eu lieu (quand la grossesse était voulue).
Je suppose cependant que ça peut être très bien vécu.
 

Kettricken

Hate is always foolish, love is always wise
3 Jan 2019
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@grenouilleau ça n'est pas féministe d'être triste d'avoir fait une fausse couche ?
Soit je t'ai mal comprise, soit c'est vraiment la chose la plus improbable que j'ai le sur le sujet des fausses couches

La manière dont une fausse couche ça été vécue est extrêmement personnelle et dépendante de beaucoup de facteurs. C'est un ressenti personnel et je ne comprends pas ce que le féminisme vient faire la dedans
Est ce aussi non féministe d'être hyper heureuse d'avoir donné naissance a un enfant ? Ça aussi c'est quelque chose de très courant après tout (sauf que d'un point de vue personnel... Non c'est pas très courant)

Pour revenir au fond de l'article, je pense que c'est une excellente chose qu'on parle d'avantage de ce sujet, ainsi que du deuil périnatal. C'est important que les futurs parents soient prévenus, c'est important que les femmes qui le vivent savent qu'elles ne sont pas seules, et c'est important qu'elles sur leur partenaire se sentent autorisé a parler
 

grenouilleau

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9 Jan 2019
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@Kettricken Ben non c'est pas être féministe. C'est être un humain, c'est sûr, mais en soi défendre la position "les femmes ont le droit d'être tristes de faire une fausse couche", c'est pas féministe deux minutes.
C'est bienveillant, c'est empathique, et je suis complètement d'accord que les femmes ont un ressenti personnel là-dessus. Mais comme on est sur un média où on parle beaucoup de féminisme, je trouve que c'est important de le dire : le sujet aurait pu être publié dans le Elle ou Marie-Claire sans problème et sans faire bouger d'un cil les réacs.
Après, c'est peut-être parce que je lis pas Rockie comme je lis Vogue que je dis ça.
 
  • You Rock !
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kandinskette

Chat psychédélique
12 Mai 2019
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@grenouilleau
Je trouve tes propos hyper choquants (et je pèse mes mots).
Il y a un tabou sur la fausse-couche, on n'ose pas forcément en parler à son entourage, et quand on en parle, on peut se prendre des remarques hyper violentes (de la part de ses proches, d'inconnues, du personnel médical et sur internet apparemment :lunette:).
Que des femmes connues et "influentes" en parlent, ça peut effectivement permettre de briser ce tabou, et donc de faire avancer la condition de la femme là-dessus. Sérieusement, va lire des témoignages de femmes qui ont mal vécu une(des) fausse-couche(s). Le féminisme ne se résume pas à ta vision des choses et à tes projections de vie en fait.
De plus, il faudrait peut-être arrêter de tout regarder via le prisme du militantisme.
Je réitère, je suis très choquée de lire ce genre de propos, d'autant plus ici.
 

grenouilleau

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9 Jan 2019
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@kandinskette J'ai bien précisé que mon message n'était pas compassionnel.
Mais moi ce qui me choque, et moi aussi je pèse mes mots, parce que j'en ai assez des gentes qui glorifient la maternité à tout va, c'est quand on donne pas deux sons de cloches sur un truc.
Là le son de cloche c'est : "c'est un tabou, mais il faut en parler parce que c'est une souffrance pour les femmes". Ok, je suis d'accord avec ça. Mais pas si ça vient tout seul.
Pourquoi on dirait pas aussi que ça peut-être juste un événement comme un autre de la vie, que certaines femmes le vivent pas mal, et que justement, parfois ça peut même être une délivrance réelle.
Ça aussi c'est un tabou autour de la fausse couche, et j'ai même l'impression que c'est un tabou encore plus fort que celui de la fausse-couche qui fait de la peine.
Parce que la femme qui fait une fausse-couche, il faut forcément qu'elle en souffre, dans l'imaginaire collectif. Comme le fameux "ah mais l'IVG forcément on en souffre" (ce qu'avait dit Simone Veil en 70 pour faire accepter la loi IVG à l'assemblée de vieux hommes blancs de l'époque).

Briser le tabou, oui, carrément.
Le brise seulement dans le sens patriarcal de la "femme maternante" (alors même qu'il y a pas encore de bébé réel parfois), je trouve ça dangereux comme discours. Et je trouve qu'il faut compléter, du coup, avec l'autre son de cloche.
Sinon on ne casse pas vraiment le tabou. La mère qui pleure son enfant, c'est pas vraiment un tabou en occident. Celle qui regrette d'être devenue mère, beaucoup plus. C'est la même chose ici. Les femmes n'ont pas forcément envie d'être mère. Le patriarcat dit que si. Donc pour moi le tabou est beaucoup plus dans "la fausse couche qui n'a pas d'impact" que sur "la fausse-couche qui impacte", si on doit comparer les deux cas.

édit : niveau de langage
 
Dernière édition:

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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@Solela Et pourquoi pas dans le même article ? Moi la pression sociale je la vois clairement dans l'autre sens, et il est attendu d'une femme qu'elle se roule par terre de douleur dès qu'il y a quoi que ce soit qui touche à sa progéniture.
Du coup, je trouve très important de préciser que c'est pas obligatoire. Parce que pour moi la pression que j'ai vu socialement, elle va dans ce sens, et pas dans l'autre. Dans l'autre, tout le monde "comprend" la douleur de la femme, en tout cas tout le monde a l'obligation sociale de la comprendre et de lui prêter une oreille compatissante.
 

klifer

Le temps passe vous savez ...
2 Jan 2019
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www.mokumonmywrist.eu
@grenouilleau je trouve ton idée intéressante sur le fait qu'une potentielle systématisation du deuil prénatal fait le beurre du patriarcat.

Cela dit même si le parallèle avec l'IVG est intéressant la différence c'est que l'on suppose déjà que la grossesse interrompue naturellement était une grossesse voulue à l'inverse de l'IVG. J'ai fait un IVG et fait le choix de poursuivre deux grossesses, mon IVG ne m'a absolument pas traumatisé et je l'ai bien vécu alors que j'étais enceinte de deux mois, pour mes deux grossesses et surtout l'actuelle découverte très tôt j'étais terrorisée de faire une FC alors même que j'étais enceinte d'un mois.

Le tabou ne se situe pas au niveau de la glorification de la maternité mais au niveau de la maternité glorifiée obligatoirement couronnée de succès. On demande aux femmes de faire des enfants et de réussir sinon on ne veut pas les entendre, leur souffrance est tabou et semble déranger. Du coup elles sont donc enfermées dans cette glorification patriarcale avec un sentiment d'échec cuisant dont on ne veut pas entendre parler.

Quand au fait que ça ne soit pas féministe (ça n'est pas non plus anti féministe) dans nos vies on passe quand même beaucoup de temps à faire des choses qui ne sont pas féministes, genre la je mange une compote bah c'est pas féministe en soit mais ça m'empêche pas d'être féministe. Comme pleurer une FC ne m'aurait pas empêché de l'être.
 

Krinekrine

Superficielle en surface
24 Fev 2019
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@grenouilleau tu te contredis... tu veux avoir une position féministe, mais alors pourquoi ne pas annoncer les grossesses dès le début et devoir attendre les sacro-saints 3 mois?
Personnellement je le vois juste comme une injonction patriarcale de plus, genre chie en toute seule en secret et tais toi (alors même que bcp de femmes ont des nausées une une grande fatigue à cette période, bien plus qu'ensuite de ma propre expérience et que ce n'es qu'après qu'on vient t'emmerd** avec les ménage toi etc) et comme tu n'étais pas officiellement enceinte, ben tu auras zéro compassion non plus au moment de la fausse couche... Négation totale de l'événement d'une part et des ressentis n'en parlons pas!
Bref, souris, bosse, saigne... et tais toi surtout...

et je ne parle même pas du ressenti des conjoints, supposés traverser l'événement comme des fleurs...
 

Leah P.

Routarde à durée indéterminée
3 Jan 2019
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ledeuxiemejour.blogspot.com
@grenouilleau À mon sens tu fais un gros micmac parallèle entre les situations d'IVG/fausse couche alors qu'elles ne sont pas comparables.

Sur le fond je crois qu'on est d'accord sur le fait qu'il faut que les femmes puissent entendre que dans les deux cas ça peut être difficile et triste, comme simple et facile, qu'elles ont le droit de le vivre comme elles l'entendent et de projeter ce qu'elles veulent sur ce qu'elles ont dans le bide. Que ces expériences qui font partie de la vie de la majorité des femmes ne doivent plus être des tabous ou considérées comme honteuses. Personnellement je vois pas en quoi ce ne serait pas un positionnement féministe de faire de la place dans l'espace public et dans la société pour ces sujets là?

Une fois qu'on a dit ces points communs entre l'IVG et la fausse couche, la comparaison s'arrête là pour moi. Parce que le traitement des deux dans la société n'est pas du tout le même. Quand on attendra d'une femme qu'elle culpabilise/soit triste de son IVG, on attendra de celle qui a fait une fausse couche qu'elle soit forte/indifférente et passe à autre chose tout de suite parce que "c'est la vie" "fais en un autre" etc.

Perso si je suis la première à essayer de déculpabiliser les femmes pour l'IVG, à diffuser le message qu'on peut bien le vivre et qu'on n'est pas obligé.e.s d'être triste ou d'en faire un big deal... Si le discours dominant de l'IVG c'était "l'IVG les doigts dans le nez" et ben je militerai plus activement pour dire qu'on a aussi le droit de ne pas bien le vivre même si on l'a choisi. Il faut absolument, pour le bien de toutes les femmes et c'est en ça que pour moi IVG et FC sont des sujets féministes que tous les discours puissent être entendus. Qu'on ait le droit de ressentir des sentiments positifs comme négatifs, ambivalents, aucun sentiment du tout.

Et que le plus important dans tout ça ce soit la place qu'on fait au discours des concerné.e.s. C'est ce que Megan Markle dit justement dans son interview. Juste demander si "ça va" au lieu de parler/penser pour les autres ou d'en faire un tabou.
 

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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@Solela On est pas sensibles aux mêmes choses, on a pas le même vécu, et la médiatisation de la fausse-couche de l'actrice Markle nous fait pas penser aux mêmes trucs. Là-dessus on est d'accord.
Pour le reste, je comprends pas ton message.

@klifer Je vois pas les choses pareilles : pour toi "Le tabou ne se situe pas au niveau de la glorification de la maternité mais au niveau de la maternité glorifiée obligatoirement couronnée de succès."
Pour moi le tabou pour les fausses-couches c'est à deux niveaux : au niveau que tu expliques, pour certaines personnes, et au niveau de la peine à ressentir ou pas, pour d'autres, quand la fausse couche est connue. C'est le tabou que une femme doit absolument ressentir de la peine de ne pas être devenue mère, sinon elle est pas vraiment "normale".

Et pour la compote : oui ça n'a rien de féministe, mais tu n'as pas écrit un article en disant " Meghan Markle brise le tabou de la préparation de la compote, car il y a une omerta sur un sujet qui concerne 25 % des femmes", et "il faut écouter les concernées sur la préparation de la compote". Quand on parle de concernées, on parle de discrimination.

@Krinekrine c'est pas moi qui dit qu'il faut pas annoncer les grossesses avant 3 mois, c'est les gynécos. C'était un fait, pas un avis personnel. édit : lien sur ça

@Leah P. Comme je l'ai dit plus haut, je n'ai pas cette impression sur "ce qu'attend la société des femmes qui ont fait une fausse couche". Moi mon impression c'est qu'on attend d'elles qu'elles soient forcément tristes de ne pas s'être réalisées comme mère. C'est exactement cette version-là que suit Markle, et du coup pour moi elle "brise un tabou" d'un côté mais en même temps elle renforce une injonction patriarcale.
Mais je me répète, entre ton message et celui de @Solela je pense que vous avez compris mon point de vue :coffee: (je voulais mettre un smiley sourire mais il est pas terrible, du coup je mets un smiley tasse de café, vu l'heure).
 

Krinekrine

Superficielle en surface
24 Fev 2019
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Après effectivement on vit les FC différemment, suivant les personnes, les circonstances, etc...
Perso j'en ai vécu 2 (et mené 2 grossesses à terme par ailleurs) de façon complètement différentes dans des circonstances différentes aussi. Mais mes deux ressentis ont la même valeur et méritent d'être considérés...

@grenouilleau on peut quand même faire la différence entre la date de déclaration à la sécu (ce dont parlent les gynécologues soit un truc complètement administratif), et le moment ou on choisi d'en parler à ces proches quand même!!
 
Dernière édition:

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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@Krinekrine je suis d'accord pour ton dernier message. Bien sûr que tu fais ce que tu veux, perso je vais pas te dire quoi dire à qui :shifty: Mais comme je te l'ai écrit, c'est pas moi qui dit qu'il faut rien dire avant 3 mois (j'ai édité mon message pour te mettre un lien pour t'expliquer d'où je tiens cette histoire de trois mois). Et je savais même pas pour la sécu, moi je parlais juste de ce que disent la plupart des gynécos (si on suit les infos et les témoignages sur internet).
 

Krinekrine

Superficielle en surface
24 Fev 2019
673
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@grenouilleau oui enfin ton lien c'est "Femme actuelle"... J'adore leurs recettes de cuisine :p (ironie inside mais pas que) , mais quant-à leur faire confiance sur quoi faire si je suis enceinte/me trouve grosse/ressens de la fatigue l'hiver ou n'importe quelle prose classique de magazine féminin, euh:rolleyes:
pour moi c'est bien une injonction patriarcale de plus, et encore une fois relayée par les femmes... on est pas sorties des ronces!
 

Margottine

Escalade la pyramide de Maslow
2 Jan 2019
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J'ai écris tout un pavé, bien plus long que ça, et en fait, non, la fatigue est totale de toujours trouver un post pour dire " Oui mais et les autres alors ? " quand quelqu'un parle de son vécu personnel et s'adresse aux personnes ayant le même vécu :nerd:

Bref, moi j'en ai chié, j'ai perdu un bébé à 10 SA ( enfin je ne l'ai pas perdu, on me l'a enlevé), avec un petit coeur, des bras, des jambes, et j'aurais pu remplir le bingo des phrases minimisant ma perte et l'existence de ce bébé. Alors ça m'a fait du bien de lire ce témoignage. Quand elle raconte les moments partagés avec son mari, ces moments de vide, ou tout et rien à la fois te traverse l'esprit, ou tu comprends que si tu viens de te prendre la baffe de ton existence, tu es loin d'avoir fini.... j'ai le bide qui se serre. Cette épreuve fait sincèrement partie des moments les plus intenses que j'ai pu vivre avec mon mari, c'était une douleur tellement puissante, mélangé à tellement d'amour à la fois. Qu'est-ce que ça a fait mal, qu'est-ce que ça fait encore mal aujourd'hui. Le regard de la gynéco posé sur l'écran alors que j'ai déjà tout compris, chuchoter moi même à mon mari que le coeur ne bat plus, le périple administratif pour qu'on me l'enlève, à la veille des fêtes de fin d'année, alors que les blocs sont overbookés, l'infirmière qui me dit de ne pas m'inquiéter, que tout sera comme avant après l'intervention, le moment où je ferme les yeux au bloc, sachant qu'il ne sera plus là au réveil de l'anesthésie, pleurer en salle de réveil, recevoir les paroles de l'anesthésiste " vous en ferez un autre " alors qu'on avait déjà eu tant de mal à faire celui-ci, les réveils en pleurant la nuit, le fait d'ouvrir les yeux le matin, d'avoir oublié le temps d'un instant, se rappeler et se reprendre tout ça en pleine face.. Avoir envie de crever pendant les fêtes, subir les non-dits, tout le monde sait, mais personne ne dit rien, ou alors on me sort des conneries du style " C'est mieux qu'un handicapé " " Il n'y a pas de hasard " " Heureusement tu en as déjà une" " Mieux vaut maintenant que plus tard ". Tous ces gens qui y vont de leur petit commentaire médical alors qu'ils n'y connaissent absolument rien, alors qu'il n'y avait AUCUNE raison que ce bébé arrête de se développer, aucun soucis chromosomique comme tout le monde le sous-entend avec son doctorat de pochette surprise, rien. La faute à pas de chance. Mais les gens préfèrent se rassurer eux-même plutôt que de vous demander comment vous allez.
Voilà, là, par exemple, je partage mon expérience négative, en espérant qu'elle parle à d'autres personnes qui ont souffert comme moi, et si quelqu'un me répond " ha bah oui mais certaines n'en souffrent pas" ça s'appellerait simplement de l'indécence :nod: Et ben quand c'est le témoignage d'une célébrité, c'est pareil, même si elle ne peut pas lire les réponses.
 

Serena Snape

Sugar, cream or cyanide ?
10 Jan 2019
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C'est un joli témoignage (et plus globalement, j'aime bien la façon dont Meghan & Harry tendent à dépoussiérer, désacraliser et authentiquer l'image de la famille royale britannique).

Je pense que la parole d'une personnalité publique a son importance, elle peut sensibiliser, déculpabiliser ou permettre d'ouvrir le dialogue plus facilement. "Tiens, regarde la tribune de Meghan Markle, moi aussi j'ai fait une fausse couche et je voudrais pouvoir en parler", "tiens j'ai lu la tribune de Meghan Markle, je connais une sœur/amie/whatever qui a fait une fausse couche, je vais lui demander l'air de rien comment elle se sent aujourd'hui, au cas où elle veuille en parler". Je trouve judicieux de se servir de sa célébrité et de son aura médiatique pour lever un tabou (ou tout simplement aborder une problématique dans laquelle des gens lambda peuvent se reconnaître).
J'entends parfois que les stars prennent ce genre d'initiatives juste pour tirer la couverture à elles. On n'est pas dans leur tête, et au final peu importe ; tant que ça permet de lancer des discussions un peu partout à travers le monde, c'est toujours ça de pris. (Et le "oui mais ce serait un.e anonyme on en parlerait pas", c'est juste un truc de gros jaloux.)

@grenouilleau dans le fond, je comprends certains de tes arguments, mais pour moi ils relèvent davantage des injonctions liées au deuil de manière générale. "Pleure et roule toi par terre pendant 3 jours surtout, mais après faut vite passer à autre chose pour pas être un fardeau pour les autres, mais attention pas trop vite non plus parce que ça fait désordre". Du coup, on peut imaginer que ça prend encore plus d'ampleur quand il s'agit d'un fœtus. En fait, comme pour tout, ce serait bien qu'on foute la paix au voisin et qu'on le laisse gérer les choses comme il l'entend/veut/peut.

En revanche, je souscris beaucoup moins à toute ta partie sur le féminisme. Déjà, je trouve ça assez paradoxal de dire que "c'est tellement pas féministe", tout en niant la souffrance de certaines femmes et en citant très sérieusement un article de Femme Actuelle comme source incontestable. De toute évidence, Meghan Markle ne livre ici que son témoignage, elle n'oblige pas toutes les femmes de la terre à se sentir tristes après une FC. Le fait que ça puisse aider d'autres couples qui ont un vécu similaire n'invalide pas du même coup les autres ressentis (comme le soulagement ou l'indifférence).

A te lire, j'ai le sentiment de voir une personne qui débarquerait de nulle part en hurlant "regardez moi, je suis la militante de l'année !" en gesticulant dans tous les sens pour se faire remarquer. Je ne pense pas/n'espère pas que c'était sincèrement le but de ton intervention, mais je trouve ça hyper désagréable en fait (en étant pas personnellement touchée par le désir de maternité et n'ayant pas vécu de FC, donc j'imagine la colère et le malaise que ça peut provoquer chez les concernées).
 

Matriochka

Merci de ne pas citer mes spoilers :)
8 Oct 2019
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Je pense aussi qu'il faut arrêter de mettre dans le même panier toutes les grossesses interrompues.
Je n'aurais pas (je crois) de culpabilité à avorter si je le voulais, mais je serais dévastée si je perdais un bébé désiré au même stade de développement.

Cela n'a aucune logique, je suis d'accord, et c'est toute la difficulté que j'ai à répondre aux anti-ivg. Mais pour moi un embryon devient un bébé à partir du moment où la personne qui le porte le voit comme tel. Je veux un enfant en ce moment. Et je serais folle de le perdre, même si c'est le jour où je le découvre.