Langage, sourire, socialisation : le masque aura-t-il un impact à long terme sur les bébés ?

Mlle Macaron

Still processing
3 Jan 2019
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Pour le langage, la directrice de l'école de ma fille me confiait que c'était un retour de toutes les maternelles de la ville : à la rentrée de septembre, les enseignants ont noté chez les petites sections des retards de langage plus importants que d'habitude. C'est vrai que personnellement je suis contente que Deuz soit chez une assistante maternelle pour ça, au moins il ne voit pas que des visages masqués toute la journée...
Nous c'est quand on a reçu la photo de classe qu'on a eu un petit choc, la maîtresse et l'ATSEM ont été incrustées dessus et en fait c'est la seule fois de l'année où on a vu leur visage en entier :happy:
 

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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Le masque dans les crèches impacte principalement les un peu moins de 20% d’enfants de moins de 3 ans qui sont en crèches (ainsi que les 4% qui sont déjà à l’école). Les 44% d’enfants gardés par leur parents ne sont pas concernés...

Comme le souligne A. Tcherkassov cela pénaliserait surtout les enfants dont les parents ont une moindre stimulation langagière à la maison (quel qu’en soit la raison cette position étant alignée sur la littérature actuelle : Lahire, Teraille, Duru-Bellat,…qui le constatent depuis des années), ET qui ont une place en crèches.

On parle donc d’une fraction réduite des enfants, et même si d’après l’INED les enfants d'une mère née à l’étranger sont en moyenne plus présent en crèches que les enfants de mères née en France (Il est a noté que cela vient en partie de la nature urbaine (voir même francilienne) de leur implantation, les crèches étant beaucoup plus présentes dans les villes), la mère type de l’enfant en crèche est diplômée et travaille dans le secteur public en milieu urbain (ce chiffre est tiré par la forte proportion de crèches dans le milieu hospitalier), une population qui est globalement parmi les plus culturellement favorisée.

La proportion d’enfants nées avec une mère née à l'étranger est de l’ordre de 150 000 sur environ 715 000 naissances soit environ 20% (Et ce n’est pas parce qu’on a un parent étranger qu’il y a une faible stimulation langagière à la maison)

On est donc sur une "catastrophe annoncée" par la bande à Cyrulnik qui toucherait un groupe qui représente environ 5% (10% en prenant toutes les marges possibles) des enfants.

A l'opposée la scolarisation en petite section concerne 99% des enfants : ceux dont les parents sont pauvres ou riches, travaillent dans le public, le privé ou ne travaillent pas, en milieu urbain et en milieu rural, née en France ou ailleurs,...
Ce me parait plus efficace de vacciner le personnel des écoles maternelles. :hesite:

@Mlle Macaron Ici la photo de classe est une mosaïque de photos prises individuellement par le photographe.
 
Dernière édition:

Athena7901

Well-known member
30 Sept 2020
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Alors parce que mon fils de 4 mois ne fait partie que de l'infime fraction des enfants qui pourraient être touchés par le problème je ne devrais pas m'inquiéter ? Il fait partie des quelques pourcentages dont le développement est sacrifiable ? Il n'a pas le droit à ce qu'on s'interroge pour son avenir ? Sympa ...

Pardon, je m'emporte, mais à titre tout à fait personnel j'en ai ras le bol de ce genre d'avis. Je n'ai aucune envie d'hypothéquer l'apprentissage du langage de mon fils sous prétexte qu'il a la chance d'aller en crèche et qu'il fait partie d'une portion congrue d'enfants. Je me suis déjà retrouvée comme beaucoup enceinte à subir des confinements, à réduire ma vie sociale à peau de chagrin pour me protéger et le protéger (et après on dit aux jeunes mamans : prenez du temps pour vous, sortez ça vous fera du bien et ça atténue le post partum...la blague en ce moment ! La solitude était omniprésente. Heureusement que j'ai eu du bol de ne pas finir en dépression), j'ai accouché masquée (mais j'ai eu la chance que mon mari ait pu venir pendant mon séjour à la maternité. Je suis presque privilégiée) et maintenant j'en rajoute tous les jours en conversations avec mon fils pour qu'il n'accumule pas de retard sur le langage parce qu'il passe 45h à la crèche avec du personnel masqué et je devrais le prendre avec le sourire ? Non.

Je sais que de nombreux parents vivent pire, bien pire, mais bon, je sature. La crise covid ajoute un nombre incroyable de difficultés complémentaires dans la maternité. Je pense qu'avoir un enfant est déjà assez compliqué comme ça, mais là si on veut flinguer le moral des jeunes parents, on peut continuer longtemps sur cette lancée.

Je sais que mon intervention se fait sous l'impact de la colère, que c'est décousu, et que le propos de Chocovore est factuellement juste, mais je n'en peux plus de cette situation. S'il y a bien un truc qui est confirmé pour moi avec cette crise : il n'y aura pas de deuxième enfant.
 

Coco l’asticot

Well-known member
12 Jan 2019
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@Athena7901 je suis bien d’accord avec toi même si on sait que c’est pas du tout contre @Chocovore qui fait que chercher précisément les chiffres avec des bonnes conclusions : priorité doit être donnée aux gens en contact avec le public pour se faire vacciner pour qu’on arrête avec ces conneries ! J’ai un bb un peu + petit que le tiens et on a la chance de la garder jusqu’a La rentrée 2021 ça m’aurait vraiment foutu en rogne qu’elle voit des masques toute la journée
 

charberlotte

Well-known member
25 Jan 2019
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C'est interessant ces observations. Je vis au RU et ce qui fait qu'a l'interieur de la creche les encadrantes ne portent pas de masque. Par contre on donne le bebe a la porte dehors et a la queueleuleu, ce qui fait qu'on ne connait pas d'autres parents ou enfants... Ce qui fait que ma fille de 7 mois ne sera surement pas impactee niveau langage. Elle ne voit le masque que lorsque nous sortons, elle doit probablement l'associer a un accessoire pour l'exterieur, comme un manteau (ou les lunettes de soleil)!

@Athena7901 par contre je suis completement d'accord avec toi que toute la maternite est bien affectee par le covid. Nous ca veut dire que notre fille n'a pas vu ses grands-parents ou tout le reste de sa famille depuis noel et qu'on ne sait pas si elle pourra les revoir avant ses 1 an, et je suis sure que ca affecte les enfants de ne pas pouvoir connecter avec le reste de leur famille... ca veut aussi dire que l'on ne connait pas d'autre famille avec enfants la ou on vit (notre fille va a la creche donc elle interagit avec d'autres enfants heureusement). Donc oui on a eu la chance d'avoir papa a la maison les 6 premiers mois avec le travail a la maison mais a part notre noyau familial on se sent quand meme un peu seuls...
 

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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@Athena7901 C’est toute la difficulté de naviguer entre les échelles individuelle et sociétale.

Moi aussi malgré tous les livres de sociologie que j’ai lu, je balisais que mon fils ait des difficultés et des retards : pour marcher, pour être propre, pour parler, pour compter, pour lire, pour dessiner, pour manger tout seul,... alors qu’on fait clairement partie pour ces sujets du groupe privilégié que Bourdieu appelait la bourgeoisie culturelle. C’est juste humain.

Alors que mon fils a, jusqu’à présent, toujours été dans les clous voir en avance vis à vis de la moyenne (valeur unique qui a tendance à écraser la variété des situations).
Mais à contrario lorsque l’école a fermé l’année dernière je n’ai eu aucun doute que ça ne pénaliserait aucunement sa scolarité.

Depuis l’automne dernier je me suis fais une cure de déterminisme linguistique (et de littératie et numératie, le lien vers l’ENS de Lyon et le dossier PISA de l'OCDE sont maintenant dans mes favoris).

Le consensus qui ressort de toutes mes lectures c’est que l’influence des parents au niveau du langage est bien plus prépondérante que la crèche ou l’école (d'où l'accusation qu’on porte à cette dernière de ne pas assez lutter contre les déterminismes sociaux).
Par contre, pour les parents qui ont une faible maîtrise et pratique du français (ou de la langue véhiculaire de leur pays de résidence) les structures collectives permettent à leurs enfants de compenser partiellement cette moindre maîtrise et pratique à la maison. La proposition qui revient le plus souvent pour améliorer l’existant n’est pas spécialement l’augmentation des places en crèches mais la généralisation de la toute petite section de maternelle.
C’est cet argument que le gouvernement a (hypocritement) invoqué pour rouvrir les écoles en 2020 et les maintenir ouvertes depuis la rentrée de septembre 2020.

Dans les zones rurales ou il y a beaucoup moins de crèches les enfants ont en moyenne de meilleures compétences langagières (mais cela vient principalement du fait que les élèves avec beaucoup de difficultés et qui influent sur la moyenne en la faisant baisser sont majoritairement présents dans les zones urbaines) alors que pendant longtemps les indicateurs comme les résultats du brevet était plus favorable dans les villes.
 

envoituresimone

Well-known member
23 Août 2019
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Le masque porté par les auxiliaires de puériculture dans les crèches aura inévitablement des conséquences pour les bébés ; comme il a été dit ci-dessus, ces conséquences seront plus minimes dans les familles où les parents ont le rôle le plus actif dans le développement du langage de leurs enfants. Une famille où l'on parle à l'enfant, face à face, où l'on lui montre les objets, où il n'y a pas trop d'écrans allumés en fond sonore, etc. s'en sortira peut être mieux.
En revanche un facteur qui a été mis en avant dans les fameuses enquêtes et dont on ne parle pas du tout dans ce post est l'effet du masque sur les angoisses des bébés. Le fait d'avoir plusieurs heures par jour affaire à des auxiliaires masquées accroîtrait l'angoisse chez les bébés qui ont besoin de visages familiers et qui le perdent brusquement. Je pense notamment aux crèches comme la mienne où les auxiliaires étaient très libérales avec le masque puis brusquement se sont mises à le mettre rigoureusement car elles avaient été dénoncés par un passant les voyant par la vitre dehors...

Nous sommes quoi qu'il en soit forcés et contraints par la mesure du masque, qu'on le souhaite ou non à nos enfants. Et il est normal de vouloir se rassurer en se disant qu'on fait au mieux et qu'on assure le service après vente derrière. Mais la vérité est que nous n'avons pas vraiment de recul pour savoir si tout cela fera peu ou bcp de dégâts. Nous ne pouvons que nous rassurer au jour le jour. Mais pour ma part, et sans trop vouloir polémiquer sur ce sujet, j'ai beaucoup de mal avec cette mesure et je suis tellement heureuse et soulagée quand je constate que même les auxiliaires finissent petit à petit par moins le mettre.
 

Nirrita

Well-known member
5 Jan 2019
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Bruxelles
En dehors des masques, je suis un peu inquiète vis-à-vis du lien qu'entretiennent les bébés avec les ordinateurs/écrans.
Lors de "pauses café virtuelles", j'ai régulièrement une collègue qui prend son bébé (6 mois) dans les bras à ce moment là, et qui est toujours méga souriante. Quelqu'un lui a demandé si elle souriait toujours comme ça, et la réponse était que pas forcément, mais l'ordinateur, la conférence zoom, c'est comme ça que le bébé voit ses grands-parents, oncles, tantes, marraine et parrain, du coup elle sourit en voyant les collègues inconnus aussi.
Du coup j'en viens à me demander, est-ce que le bébé fait réellement la part des choses entre la personne qu'il voit dans l'écran, et l'objet ordinateur en tant que telle... Mais j'imagine qu'on ne verra l'impact de ça que sur du long terme
 

FilledeLoup

Well-known member
8 Mar 2019
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@Nirrita Qu'est-ce que tu entends par la part des choses dans ta dernière phrase ?
Ici je fais beaucoup de visios avec ma mère (ça aurait été le cas même sans pandémie, elle habite à 900 bornes) et ma fille (qui a maintenant 13 mois). Et clairement, elle est super proche de sa grand-mère et je pense que c'est grâce au fait qu'elle la voit souvent, qu'importe le support. Et on voit aussi totalement la différence entre les personnes, selon la fréquence des appels avec lesdites personnes. Avec ma mère toujours, elle interagit beaucoup, lui "parle", montre des choses, rigole, fait coucou. Avec le père de mon conjoint elle est beaucoup plus dans l'observation, on voit qu'elle le connait moins.
 

charberlotte

Well-known member
25 Jan 2019
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@FilledeLoup ca me rassure tellement de lire ton commentaire. Ma fille (de 7 mois donc) passe beaucoup de temps sur les appels videos (telephones/ordi) car c'est le seul moyen de communiquer avec ses grands-parents (et reste de la famille). Alors oui elle est obsedee par les telephones mais elle a quand meme l'air de reagir quand ses grands-parents l'appellent par son prenom et tout. J'espere donc que ca va faciliter le lien quand on pourra (enfin) revenir en France (vite on espere!)!
 

couettecouette

Well-known member
4 Jan 2019
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Oups oui pardon je vais editer de ce as

Et sinon pour revenir a la discussion de base. Mes enfants sont plus grands nettement plus grand mais pour la plus jeune qui a parfois du mal a gerer ses emtions. La lecture du regard était pour elle difficile. Alors on a repris les fiches émotion avec plein de visages différents que j'avais fait quand elle était petite et on mettait un masque dessus pour reconnaître le regard de l'emotion.
 

Kestrel

It always ends. That's what gives it value.
5 Jan 2019
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@couettecouette je travaille avec des ados en situation de handicap, dont pas mal de TSA. J'ai réalisé récemment que je m'étais mise à exagérer les expressions du haut de mon visage pour les aider à mieux comprendre mes émotions lorsque je porte le masque (par ex. froncer les sourcils, ou exagérer le pli de mes yeux lorsque je souris, ou même carrément faire des clins d'oeil). J'ai effectivement l'impression que ça les aide. Je pense que je verbalise un peu plus ce que je ressens aussi. Par exemple, si un.e élève a un comportement qui ne va pas, en plus d'exagérer l'expression de mes yeux je vais aussi plus facilement dire que je suis fâchée/inquiète/déçue/etc. Et pareil pour les émotions "positives" : je verbalise plus mon plaisir lorsque je passe du bon temps avec elleux (et ça en fait je trouve que c'est une conséquence chouette, j'essaierai de continuer même quand on sera débarrassés de ces foutus masques).