La vraie vie des femmes entrepreneures

LucieVDS

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7 Fev 2019
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#21
Moi je suis entrepreneure ! Et jeune. Et toute petite. Je bosse dessus depuis 1 an maintenant (waouh j'avais pas réalisé :eek:), mais Insane (mon média en ligne dédié à la santé mentale) commence seulement à sortir. Je dois dire que côté sexisme, j'ai plutôt eu de la chance jusqu'ici : pas tellement de remarques directement sexistes, ou de moments où on ne m'a pas prise au sérieux parce que j'étais une femme. Ceci dit, c'est parfois difficile à repérer, tout simplement parce qu'on me méprise aussi pour mon jeune âge ('fin j'ai 25 ans et je suis mariée, faut pas abuser non plus) et mon manque d'expérience salariale. De l'expérience professionnelle, au final j'en ai, c'était juste peu ou pas payé...
Par contre, et ça m'a étonnée (et choquée et déçue ^^) la plupart des remarques décourageantes, méprisantes ou bienveillantes-mais-je-vais-t'expliquer-pourquoi-c'est-pas-une-bonne-idée me sont venues... de femmes ! Certaines de mon âge et de Sciences Po comme moi, d'autres beaucoup plus âgées et bien implantées dans le secteur psychiatrique (que je pensais plus à même de comprendre à quel point ce média palliait à des problèmes récurrents mais passons), et d'autres encore de ma famille (ma mère, ma grand-mère... Même si j'adore ma grand-mère et que je l'admire énormément, elle me dit que je suis "trop sensible pour ça" depuis le début de mes études orientées droits de l'homme et solidarité).
Mais honnêtement, et ça va peut-être paraître cliché mais, pour chaque remarque négative, j'en ai eu 10 autres positives. Sérieusement. L'éco-système des entrepreneurEs est plutôt carrément bienveillant et encourageant (si vous pouvez, assistez à la Journée SheMeansBusiness organisée par Facebook et SocialBuilder, c'est top), même si souvent ça n'aboutit pas à grand-chose. Mais l'encouragement pour l'encouragement, c'est super important aussi ! Notamment pour une meilleure santé mentale, et ça, ça marche pour tout le monde ;)
 
6 Jan 2019
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#22
On fera sans doute par la suite un article sur les échecs d'entreprise, mais de mon côté, je crois que monter sa boîte, même si c'est pour la planter (30% des boîtes ferment avant leurs 3 ans, et paradoxalement, ce chiffre monte à 50% avant les 5 ans) et retourner ensuite vers le salariat, c'est la meilleure expérience que tu puisses avoir, bien plus instructive que n'importe quelle expérience salariale.
Et très sincèrement, à moins d'hypothéquer ta maison, d'y mettre toutes tes économies, de te coller un crédit perso sur le dos, il y a tout de même en France un risque limité à la création d'entreprise : si tu as eu la bonne idée de choisir la bonne structure (faites-vous accompagner par des expert·es !), si tu as la chance de pouvoir toucher le chômage et que tu as bossé suffisamment en tant que salarié·e avant ça, tu as au moins 2 ans d'assurance-chômage financés par l'Etat pour tester ton projet, ce qui est très largement suffisant pour vérifier si ton idée est viable ou pas :)
:hello:Oui, ce serait vraiment bien de montrer cette réalité de l'échec dans l’entreprenariat.
Je ne sais pas si ça a déjà été évoqué sur d'autres topics (il y a peut-être déjà des articles qui vont en ce sens, je n'ai pas encore tout lu) mais écrire sur les échecs en général me semble tout aussi important que de montrer les réussites. Je pense que ça aiderait beaucoup à dédramatiser (ou pas ?) certaines situations, montrer qu'il y a une vie/une suite après un échec, qu'on peut apprendre beaucoup de ces expériences, etc.
 

Gandalf

Well-known member
2 Jan 2019
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#23
@Reynalde Je suis d'accord avec toi mais je pense qu'il faudra alors faire attention à la façon de décrire ces situations. L'échec peut à l'inverse faire peur et empêcher certaines personnes d'oser se lancer dans l'aventure de l'entrepreunariat. Ce serait intéressant de se pencher sur les personnes qui "ont réussis" pour parler de l'échec car je suis à peu près sûr que toutes ces personnes ont connus des échecs ou déceptions avant de trouver leur voix ou le bon équilibre.
 
You Rock !: Polaire et CCCC

CCCC

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20 Jan 2019
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#24
@Reynalde Je suis d'accord avec toi mais je pense qu'il faudra alors faire attention à la façon de décrire ces situations. L'échec peut à l'inverse faire peur et empêcher certaines personnes d'oser se lancer dans l'aventure de l'entrepreunariat. Ce serait intéressant de se pencher sur les personnes qui "ont réussis" pour parler de l'échec car je suis à peu près sûr que toutes ces personnes ont connus des échecs ou déceptions avant de trouver leur voix ou le bon équilibre.
Ah ahhhhhh.... cela impliquerait de revoir EN PROFONDEUR notre manière de percevoir l'échec, dès le plus jeune âge, à l'école et passer de
Echec = bouhhhh, nul, mal, pas beau, caca, Game Over.
à
Echec = Bravo ! c'est bien, tu as essayé, comme ça tu vas apprendre et faire mieux la prochaine fois. Tu as acquis une expérience inestimable par rapport à ceux qui sont restés le cul collé à leur canapé et/ou à profiter des privilèges que leur confère leur identité de mâle blanc hétérosexuel convaincus qu'ils ont du mérite, bonus: vies illimitées.
 
7 Jan 2019
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#25
Bonsoir tout le monde !
D'abord merci Rockie pour cet article important, et à tous les commentateurs qui enrichissent le sujet et montrent à quel point il est touffu. J'espère ne pas vous perdre dans les quelques rebonds que je voudrais faire.

De l'échec

C'est certain que jouent une culture et une éducation à l'échec comme expérience vs tare, mais il y a une grande partie de caractère personnel aussi. On parle à tort et à travers de la "mentalité" spéciale des entrepreneur(e)s comme si c'était une forme de génie ; c'est exagéré, mais c'est vrai qu'il y a une pente naturelle
a) à se remettre en question de fond en comble à chaque embûche
b) à prendre chaque embûche comme une opportunité de faire mieux / autrement

Je suis plutôt b) sans que mon éducation ou ma culture ait fait grand-chose pour cela (enfin je crois) : j'ai toujours eu des facilités scolaires et zéro échec avant de rentrer dans la vie active. Et encore, ces échecs pouvaient aisément être interprétés sur tout le spectre du positif au négatif car chaque situation était complexe à sa manière. Le simple choix de vocabulaire pour décrire une situation la qualifie, mais ce n'est pas une vérité et on l'oublie trop souvent.
Après, cet exercice de "tourner les choses" de façon constructive peut devenir un mauvais réflexe : j'ai eu l'impression désagréable , après plusieurs "échecs", de ne plus savoir si j'étais capable de juger objectivement d'une situation ou d'un choix tellement j'étais conditionnée par ce modèle de "ne jamais se laisser abattre", ne jamais appeler un échec un échec... et un chat un chat. :ko:

Maintenant, quand un projet tombe à l'eau, je suis partisane d'envisager d'abord la version négative ("c'est un échec, donc je fais quoi ?") avant de disséquer la situation pour en ressortir le positif. Mais avec sérénité et spontanéité, sans se prendre la tête et faire cascader des conséquences jusqu'à la fin du monde !

Du sentiment de manquer de poigne

Le temps va faire son oeuvre :vieux:
Négocier un tarif horaire ou assumer un devis m'est complètement étranger, et dans un domaine où la plupart sont des indépendants qui cachent jalousement leurs tarifs, on ne peut que tâtonner. Au final, je me suis aperçue que la notion de cher ou pas cher, pertinent ou injustifié, variait avec chaque client sans qu'une règle ou une tendance s'en dégage. Cela m'a beaucoup détendue et aidée à faire passer ce que je considérais comme juste non pas comme un rapport de force à engager, mais comme un état de fait à prendre ou à laisser. Il y aura toujours des insatisfaits ! J'ai aussi l'impression qu'arrêter de chercher à plaire, à arranger (autant de traits perçus comme "féminins") me permet de m'affirmer en faisant concrètement moins d'efforts... Et au fur et à mesure que ça marche, on gagne naturellement en assurance !

Des conditions à réunir pour se lancer

Je vais rebondir sur ce que dit @Fab : toucher le chômage n'est pas une évidence, mais un privilège de rupture conventionnelle qui échappe à beaucoup d'employés, pour lesquels la création d'entreprise représente pourtant la meilleure chance de crever un plafond de statut et de revenus. Mon premier poste et activité salariée était vendeuse en boutique, au SMIC. Evidemment saignée à blanc par les charges de la région parisienne, je n'avais pour perspective que la responsabilité de boutique à 1800€/mois, 2 rangs au-dessus, 2 ans plus tard si tout se passait bien. Et après ? Je ne pouvais pas avoir de mi-temps ni de rupture conventionnelle, donc j'ai fini par poser une simple démission quand l'opportunité de diminuer mes charges (emménager avec qqn) s'est présentée. J'ai vécu 2 ans sur mes économies, quelques dépenses passées sur ma société, l'aide de mes parents et un peu de black. Parce que je ne suis plus "jeune" au regard des aides et financements, mon activité n'est pas "innovante" ni "solidaire" ni "environnementale". Et ça m'aurait em****dée de solliciter de l'argent en cochant seulement la case "femme". :annoyed:

La viabilité de l'idée est difficile à estimer. Si ce que vous voulez faire n'existe pas et nécessite de gros investissements (immobilier, manufacture, R&D, etc), c'est sûr qu'il faut se mettre des limites d'entrée de jeu. Si on parle de service, de surcroît dans un domaine où les choses fonctionnent au réseau et non à l'appel d'offre, il faut savoir laisser le temps au temps avant de plier bagage. Cela fait 2 ans que j'organise des événements professionnels sur le thé et j'entame aussi une partie consultance ; je pense que j'aurai une appréhension claire de mon futur(i.e. si je peux en vivre) seulement l'année prochaine -- le temps de connaître les bonnes personnes, faire mes armes (= de la merde discrètement et des arc-en-ciels très fort :taquin:), échelonner des cycles de rémunération très différents.

Des personnes qui ne comprennent pas

J'ai eu la chance d'avoir très très peu d'interactions sexistes. Même à mes débuts dans le café, les échanges étaient plutôt enthousiastes : enfin des jeunes, enfin des filles ! Cela ne veut pas dire que les contrats suivaient, mais au moins ça encourageait.
En revanche, le paradoxe suivant m'énerve : "pourquoi faire qqch de peu risqué que personne ne comprend quand tu pourrais faire qqch de très risqué que tout le monde saisit ?". Dans ma réalité : "Tu veux faire de la formation et des événements sur le thé ? Mais pourquoi tu n'ouvres pas une boutique plutôt ?" (arguments à l'appui bien sûr). Parce que j'ai plus de valeur à faire ce que je sais faire (enseigner) plutôt qu'à prendre un emprunt pour 3 ans de bail... Ce qui compte dans beaucoup d'yeux (masculins, féminins, proches, étrangers) est moins mon aptitude à délivrer un produit/service de qualité que ma capacité à faire quelque chose qui rentre dans un modèle établi. C'est un peu du désaveu passif-agressif : je ne discute pas ton projet, mais si tu faisais autre chose ? :facepalm:

Bref, pour résumer parce que c'est déjà très très long : je ne sens pas mes difficultés d'entrepreneuriat directement liées à mon sexe, mais plutôt au temps nécessaire pour me "faire un trou" alors que la vie continue de coûter un bras. Si sexisme (diffus et indirect) il y a , ce serait plutôt dans la branche enseignement / formation sur un sujet alimentaire, qui sont des domaines évoquant le "royaume féminin" alors même que la plupart des acteurs sont masculins (mais côté commerce et coaching, alors c'est bien). Au final, je prends le parti de l'usure visible : je fais ça, et ça aussi, et puis je suis encore là, haha tu ne peux pas m'éviter alors faisons affaire. :gnih:Mais c'est possible dans un petit milieu où tout le monde se connaît et la concurrence reste faible...

Bon courage à toutes et tous ! :thé: