La rentrée littéraire, le Goncourt et moi

Une Rockie

Une Rockie Anonyme
25 Nov 2018
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#1
Vous commencez à le savoir, dans la vraie vie réelle, je suis bibliothécaire. Quand on travaille dans les métiers du livre (bibliothèque, mais aussi librairie et encore plus édition), il y a une période qu’on ne peut pas louper : la rentrée littéraire !
La rentrée littéraire, c’est quoi ?
Le saviez-vous ? Même quand on part en vacances les valises alourdies par des tonnes de pages, les livres ne prennent pas de vacances ! Mais que recouvre alors cette expression étrange de « rentrée littéraire » qui envahit les Unes des journaux dès la fin août ?

La rentrée littéraire est un événement qui s’étend de la mi-août à la mi-novembre, en gros, et qui permet aux éditeurs de mettre en avant leurs nouveautés. C’est aussi l’occasion de mettre en lumière des livres phares, pour préparer la saison des prix littéraires qui a lieu à l’automne.
En vérité, malgré le glamour et le chic mis en avant par les éditeurs et les magazines, il ne faut pas oublier ce qu’est avant tout cette période : une...
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Dernière édition par un modérateur:

kighafarz

Madeleine Wallace
16 Jan 2019
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#3
En tant que bibliothécaire, j'aimais lire le Goncourt des lycéens, je trouvais ça plus "frais", plus "roman" et moins nombriliste que la plupart des ouvrages de la rentrée littéraire (OUI MOI AUSSI JE DÉNONCE :fouet:), et j'en faisais des tonnes pour le faire découvrir à mes usagers (j'en ai d'ailleurs converti quelques uns). Là j'ai un peu lâché l'affaire, la rentrée littéraire c'est surtout l'occasion d'avoir des nouvelles de mes chouchous du moment ! Et sinon je kiffe aussi la rentrée littéraire de janvier, parce qu'en plein hiver on n'a rien d'autre à faire que lire des bouquins (et qu'on a eu des sous à Noël :frotte:).
 

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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#4
Ben en tant que lectrice qui aime bien les livres sociaux, je me sens jugée par l'autrice du témoignage :stare: :
"Si en été on se détend et on lit de petits romans légers, en automne, ça rigole plus et on se tartine toutes les histoires des grands auteurs et autrices françaises qui nous parlent de misère sociale, de guerres à l’autre bout du monde et autres ambiances peu sympatoches.
Après tout, le jour se couche plus tôt donc autant saisir l’occasion au vol pour se taper une bonne petite déprime, non ?"

Chacun ses goûts. D'ailleurs y a des genTes qui ne peuvent tout simplement pas lire les "petits romans légers", parce que ça leur tombe des mains, et qu'il leur faut un truc un peu analytique. Ou qui n'aiment pas les romans tout court, et qui ne lisent que des ouvrages d'analyse (politique, économique etc.). D'ailleurs je vois même pas pourquoi je commence à justifier. Chacun ses goûts, point.
 

Psyduck

Noot Noot !
12 Août 2019
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#5
@grenouilleau : J'ai ressenti la même sensation de jugement à la lecture de cet article.

Surtout la pique sur les gens qui n'aiment pas la littérature contemporaine et qui sont donc forcément d’affreux vilains élitistes enfermés dans le passé tu vois :drama:



J'ai essayé la contempo mais j'aime pas, rien à faire. J'ai du me fâner du Duras et autres joyeusetés du genre pendant mes études de Lettres, au moins j'ai pu découvrir et expérimenter ce que les gens qui n'aiment pas lire vivent au quotidien. :cretin:
 

Kermance

Well-known member
17 Fev 2019
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Arcachon
#6
Mon bonheur à moi, c'est le livre chiant de la rentrée, celui qui est édité par cet éditeur connu pour ses livres chiants, longs, bizarres, qui me fait m'envoler au pays de l'apprentissage, de la connaissance acquise à la dure, d'une certaine forme de culture que je sais complètement dépassée, mais qui m’éclate quand même.

J'adore les livres traduits du coréen, du japonais, du dialecte obscur d'Afrique de l'ouest, les livres pas traduits mais écrit en français chiant, les livres avec des mots que je ne comprends pas, les livres qui sont comme un défi à mon savoir (basique), à ma pensée. J'ai toujours aimé les défis littéraires. En 4ème, je lisais Sade et "Last Exit to Brooklyn", et je me suis demandée si je pouvais comprendre Kant (non), et en 3ème, ma prof de français folle dingue nous a sorti une liste de 200 bouquins qu'il fallait avoir lu... et je les ai tous lu (dont tout Zola, tout Hugo, Balzac et consorts... tout... bref, assez indigeste, en masse - ma prof de français avait des goûts très classiques). Ça a été une vraie orgie, dans le sens d'extase aussi.

Après j'ai découvert la SF, et j'ai procédé de la même manière, par pans entiers, jusqu'à l'indigestion. Mais toujours avec le plaisir dingue de tomber sur un truc fou, une pépite, une résonance.

Ma pulsion littéraire actuelle de base va vers des livres même écrits avec les pieds s'ils sont différents des scénarios attendus de base. Je déteste les thrillers, que je trouve peu généreux, trop axés sur le suspens et pas assez sur le plaisir de la lecture au fil de l'eau. Je hais les livres qui sont sensés me faire sentir bien, et qui me font juste comprendre que je suis une lectrice tout juste capable de comprendre 4000 mots, et j'agonis toute forme de bouquin de développement personnel. Je respecte tout à fait les gens qui aiment çà. Parce que je lis aussi des harlequins ou assimilés, de la bit-lit, des écrits supposément érotiques, et que j'emmerde les snobs qui ne comprennent pas le confort que çà procure.

Mais sérieusement, pourquoi juger ce qui sort en terme de mieux ou moins bien? Que tout sorte et que chaque livre trouve son lecteur! Plus de livres qui sortent veut dire moins de chances de vendre en masse un seul bouquin, alors évidement, c'est plus compliqué pour les libraires. Mais on y gagne en diversité de choix, d’écriture, de pensée. J'adore le fouillis des rentrées littéraires à 800 bouquins, c'est riche, çà permet de choisir et çà évite les conversations à 2 balles sur LE bouquin qu'il faut avoir lu, mais dont personne n'a lu plus de 50 pages.

Vivement la rentrée littéraire à 1000 bouquins. Encore plus de choix, encore moins de chance d'essuyer les commentaires sur le livre qu'on a envie de lire, pour soi-même, pour soi seul.
 
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Sarah_Nobel

Well-known member
9 Jan 2019
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#7
Hello !

Merci pour vos retours, ils me font réaliser que je me suis sans doute mal exprimée dans cet article.

Lorsque je parle des livres drôles de l'été VS ceux aux sujets plus lourds de l'automne, je parle de stratégie éditoriale, pas de goût personnel et encore moins de jugement des lecteurs qui choisissent l'un ou l'autre. Ce sont les éditeurs qui décident de sortir les livres "de plage" en mai-juin pour les vacances d'été et les livres aux thématiques complexes et lourdes (j'assume le déprimante, il suffit de voir les thématiques des livres en course chaque année !) en aout-septembre. Ce n'est pas un avis, ni un jugement : c'est descriptif. Mais en effet mon ton n'a pas été très juste et j'aurais sans doute dû être plus explicite.

Et pareil, je ne parle pas des gens qui n'aiment pas la littérature contemporaine, mais des études (dans mon cas prépa et fac en master) qui démontent le contemporain au bénéfice exclusif des classiques. Dans mon parcours, j'ai subi ce discours et quand j'ai quitté la fac, j'ai eu des pulsions de lectures plus fraiches et détendues, loin de toute légitimation (y compris par les prix).

En aucun cas je ne remets en question le fait que ces lectures puissent plaire, et juger les lectures des gens est à l'opposé de ma démarche. En fait, j'ai même construit tout l'article autour du fait que ces a priori que j'avais n'étaient que des préjugés et qu'il y a bien des pépites partout, quelque soit la période où le livre sort et le battage médiatique qui s'en suit. Je remets simplement en question les stratégies marketing et j'explique pourquoi Au-Revoir Là-haut a été une révélation pour moi sur cet événement littéraire.

Désolée en tous cas si certain.es se sont senties jugées par mon propos, ce n'était vraiment (vraiment vraiment) pas mon intention :)
 

Mamamamba

Well-known member
19 Juil 2019
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#8
J'adore les livres traduits du coréen, du japonais, du dialecte obscur d'Afrique de l'ouest, les livres pas traduits mais écrit en français chiant, les livres avec des mots que je ne comprends pas, les livres qui sont comme un défi à mon savoir (basique), à ma pensée. J'ai toujours aimé les défis littéraires. En 4ème, je lisais Sade et "Last Exit to Brooklyn", et je me suis demandée si je pouvais comprendre Kant (non), et en 3ème, ma prof de français folle dingue nous a sorti une liste de 200 bouquins qu'il fallait avoir lu... et je les ai tous lu (dont tout Zola, tout Hugo, Balzac et consorts... tout... bref, assez indigeste, en masse - ma prof de français avait des goûts très classiques). Ça a été une vraie orgie, dans le sens d'extase aussi.
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Kermance

Well-known member
17 Fev 2019
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Arcachon
#9
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Je ne vais pas satisfaire à ta demande, puisque ce que j'ai lu est ce que j'ai de plus intime. Mais je peux, essayer, de partager un peu de ce qui affleure.

Alors, c'est très peu partagé, parce que j'ai déjà essayé, sans succès, avec mes amis, mais mon conseil, durable, pour ceux qui me disent que la SF c'est pourri, comme pour ceux qui me demandent ce qu'on peut lire d'autre que ce qui sort, c'est : Sturgeon. Théodore Sturgeon. "Les plus qu'humains" et "Christal qui songe". Surtout le deuxième, quelle classe! C'est une nouvelle, çà vaut deux ans de lecture nulle. J'ai lu de la SF avant, j'en ai lu après, mais c'est LE truc qui m'a fait comprendre l’intérêt de la chose. Tu remarqueras que c'est très personnel. C'est ce qui est entré en résonance avec moi.

Pour d'autres gens, l'entrée en SF, çà a été Asimov, et Asimov est hypra indiqué, c'est un scientifique, qui raconte avec une base scientifique très solide, un futur pas si improbable. Il a inventé les lois de la robotique, utilisées par les scientifiques actuels pour définir ce que doit pouvoir faire une IA. C'est, en outre, un très bon conteur. Il y a aussi Iain M. Banks, et sa civilisation. Mais çà c'est trop compliqué à expliquer. Ça se découvre comme on plonge, en apnée. Faut juste prendre un bouquin, oublier la quatrième de couv', et lire.

Je vais ajouter, en truc récent "Une fille du feu" d'Emmanuelle Bayamack-Tam. Parce que c'est grand, fort et sans aucune intention de faire joli. C'est pas réussi à 100% mais c'est puissant.Ça m'a fait revoir mon avis (assez négatif) sur les auteurs contemporains.

Pour ceux qui aiment les trucs chiants, étrangers, je réponds sans jamais douter : "La ballade de l'impossible", de Murakami, meilleur bouquin d'amour à mes yeux. Le meilleur, même si j'ai lu (presque) tous les classiques français. Si je dois finir sur une île déserte, j'emporte avec moi ce livre (et presque tous les autres de lui). Mais avant çà j'ai lu des trucs de Mishima, je pense que çà m'a aidée pour comprendre et aimer Murakami.

Je vais faire un détour par Raffles Hotel du même Murakami pour élargir mon goût pour la littérature asiatique au sens large à "Baguettes chinoises" de Xinran. Citation : "Je vais leur montrer, moi, à tous ces villageois, qui est une baguette et qui est une poutre !"

J'ai pas de bons conseils parce que je lis n'importe quoi et que parfois, magiquement, je tombe sur un truc qui me fait toucher au sublime. Je ne suis pas critique littéraire, j'ai rien à vendre, et je sais trop bien que le truc qui me semble sublime peut ennuyer une autre personne.

En bit-lit très élargie, je conseillerais la trilogie des joyaux noirs d'Anne Bishop. C'est hard, sexuel et bien écrit, ce qui est presque un exploit en sachant que n'importe quoi dans ce style se vend. On a tous encaissé plus que ce qu'on aurait dû, de bit-il infâme, mal écrite et mal ficelée. Je range çà dans la bit-lit parce que c'est le même univers même si çà manque de loup-garou.

J'aime Sagan, jusqu'à l'avoir numérisée pour la partager. Je l'aime d'amour, hein. Entre les titres, qui font rêver, et le contenu qui est court mais bien ficelé, je ne renierais jamais ce plaisir que j'ai eu à la lire. J'aime Colette, pour les même raisons. Je suis tombée dessus après mon orgie de classiques, et çà m'a fait un bien fou. Ça vit, y'a des femmes qui ont une vraie épaisseur, et çà percute. Ça m'a amené à me demander pourquoi les femmes étaient toutes des victimes dans la littérature classique. Mais pour en arriver là... ben, je les ai lu, les classiques.

J'aimais déjà Maupassant, plutôt que Balzac et Hugo. Même si çà m'a fait passer pour une idiote sentimentale.

J'aime Sturgeon pour sa force inventive, et Brussolo, pour son imagination infatigable. Brussolo, auteur français, mal connu en dehors des geeks ultimes, mais bon dieu ce qu'il est bon pour construire un monde. Il est pas très bon pour faire vibrer la corde sensible, par contre. C'est pas le mec doué pour te faire aimer le héros. C'est juste un auteur qui pervertit la réalité. J'adore! Pour les mêmes raisons, j'aime Bordage (auteur français), et dernièrement Neil Gaiman.

J'aime mieux les auteurs qui posent un univers que les auteurs qui détaillent une psychologie. Ce que j'aime est un reflet de mon rapport au monde et c'est pour çà que je ne conseille jamais d'autres gens avec mes goûts sans avoir peur que çà tourne mal. Si çà se trouve, ton kiff, c'est de lire Emma Bovary se plaindre. Alors que mon kiff, c'est de lire que Rahan survit aux crocodiles, mais surtout pourquoi y'a des crocodiles.
 
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cilijoya

Carabistouilles !
2 Jan 2019
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#10
En tant que bibliothécaire, ce que j'aime dans la rentrée littéraire ce sont les premiers romans. Je les truste tous quand les commandes arrivent :happy:. Ça fait plusieurs années de suite que je découvre des plumes à ce moment-là. Cette année, mon premier coup de coeur va à Victoria Mas pour "Le bal des folles". C'est tiré d'un fait historique. Ça se passe au XIXè siècle et l'histoire raconte une des dernières expérimentations de Charcot sur les femmes considérées comme hystériques. Les héroînes sont attachantes et j'ai découvert plein de choses sur la condition féminine dans les hôpitaux psychiatriques au XIXè.
 

Sarah_Nobel

Well-known member
9 Jan 2019
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#11
@cilijoya C'est drôle, je viens justement de le commencer ! J'avoue que toutes les questions sur le développement de la médecine au XIXe siècle me fascinent (nerd). Ton commentaire m'encourage encore plus ! :)
 
You Rock !: cilijoya