Harcelée au collège, j’ai vécu 15 ans dans la colère

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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@Psyduck J'ai pas dit que c'était la faute des profs, je précise au cas où c'était pas clair. Je sais bien que l'éducation nationale est mal gérée, et sans doute sciemment pour "ouvrir" le marché au privé encore plus largement.

Mais c'est vrai que moi j'ai déjà vu un prof, au lycée, recadrer une fille qui en avait apostrophé une autre, et il me semble qu'après ça elle ne l'avait plus embêté, en tout cas de ce que je voyais (c'était ma classe, donc je percevais à peu près les rapports entre les groupes, même si moi j'étais dans un autre groupe d'ami.es).

Et je remarque la même chose en grandissant : si l'autorité (manager, supérieur ou autre) ne laisse pas passer, le harcèlement est stoppé. Là où l'autorité se désintéresse de la question (volontairement ou par contrainte), voire pire est à l'origine du harcèlement, le harcèlement prospère.

Tout ça pour dire que j'ai parlé des enseignants et des adultes plus généralement dans l'éducation, puisque l'article parle du cadre du collège, mais c'est extensible à toutes les figures d'autorité dans le cadre d'un regroupement humain en fait.

Et bien sûr qu'il n'est pas question de fustiger les profs, qui sont mis dans des situations d'impuissance assez déprimante parfois.
Mais ce serait, dans l'idéal, et si on les laissait faire leur boulot normalement, leur rôle, comme c'est le rôle de n'importe quelle autorité de veiller à ce qu'il n'y ait pas de conflits extrêmes dans le groupe dont elle s'occupe.
 

Kniphofia

Au fond du jardin
3 Jan 2019
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si l'autorité (manager, supérieur ou autre) ne laisse pas passer, le harcèlement est stoppé
Je suis d'accord, que ce soit en milieu scolaire ou professionnel. Mais il faut aussi que la personne harcelée se sente assez en confiance pour relater les faits à l'autorité. C'est là qu'on se rend compte de la qualité des relations humaines dans un endroit donné.
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Ann Ha

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6 Jan 2019
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Témoignage intéressant, c’est cool que la Rockie ait trouvé comment aller de l’avant au mieux pour elle.
Je partage cependant beaucoup d’avis au-dessus : j’ai été harcelée (même si moins physiquement violemment) et pour moi il n’y a ni oubli, ni pardon, simplement je passe à autre chose. Je pense que le harcèlement a beaucoup joué dans la personne que je suis, en bien comme en mal, et pour cette raison je ne veux ni oublier, ni pardonner. Ma méfiance, mes doutes, ma perte de confiance en moi, ma perte d’insouciance dans les rapports humains sont issus de ça. Je suis en paix avec la personne que je suis, mais me souvenir de ce harcèlement me permet de comprendre et de nuancer ma méfiance lorsqu’elle survient dans de nouveaux rapports. Ceux qui ont fait ça étaient des trous du cul, et d’autant plus parce que cette expérience m’a permis de parfois trouver le courage de m’opposer à la masse, je les méprise profondément.
 

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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Je suis d'accord, que ce soit en milieu scolaire ou professionnel. Mais il faut aussi que la personne harcelée se sente assez en confiance pour relater les faits à l'autorité. C'est là qu'on se rend compte de la qualité des relations humaines dans un endroit donné.
Je suis d'accord, mais ça peut aussi se percevoir sans que le salarié ou la salariée (ou l'élève) ait besoin de le dire. Pas tout le temps, mais y a des cas où ça crève les yeux si on est sensibilisé (les fameux "seconds degrés", ou les tensions qui peuvent être palpables, par ex des apostrophes plus ou moins brutales).
 

Kiki16

Member
8 Avr 2019
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Édit : ortho

Bonjour,

En lisant ton témoignage, j’ai ressenti beaucoup de peine. Tout ce que tu as écris me parle. J'ai subi du harcèlement scolaire pendant deux ans et cela a eu les mêmes effets destructeurs pour moi également. J'ai mis des années à changer mes réflexes post-traumatiques. Et encore aujourd'hui si je suis fatiguée ou stressée je remarque que j'ai tendance à reproduire les même schémas d'autoprotection (rester cachée chez-soi, ne viens pas me parler, ne me regarde pas, oh non pourquoi tu m'appelles).

Comme tu le dis si bien tout ce temps (ces deux années d'harcèlement et les années qui ont suivi) est perdu à jamais. Je ne pourrai pas le récupérer. Jamais. Et tout comme l'autrice et @Merlu je n'ai pas vécu ma vie d'adolescente et de jeune adulte pleinement. J'ai raté beaucoup d'opportunités. Une partie de moi le regrette. Et pareillement à 31 ans j'ai un rythme de vie très jeune. Comme si je m'accrochais à cette période.

Pour tout ce temps perdu, je ne pardonnerai pas. Non vraiment. Le temps est pour moi la notion, la valeur la plus inestimable. Peut-être parce que j'ai vécu ce harcèlement au collège, je me rends compte que je ne peux pas le gâcher et que je dois vivre ma vie pas me contenter d’exister. Donc non je leur ne pardonnerai pas. Ni aux meneurs, ni aux suiveurs. Et aussi ni aux spectateurs, ni aux adultes (parents, personnel enseignant) qui savaient/se doutaient de quelque chose. Et il y en avait! J'avais une prof de sport qui avait dit à mère ce que je vivais comme enfer et même écrit à demi-mots sur un bulletin de notes. Cela n’a rien changé…

Par contre, je me suis pardonnée à moi-même. Et cela m’a vraiment beaucoup aidée car cela m’a libérée de toute cette colère, cette culpabilité et cette tristesse. J’ai pu « renaitre », retrouver la moi d’avant – qui était joyeuse, curieuse et drôle – et ainsi avancer. Aujourd’hui je n’hésite plus à remettre les gens à leur place, verbalement ou physiquement. Je ne suis au-dessus de personne mais personne n'est au-dessus de moi. Et les hyènes qui veulent me chier sur la tête, je leur botte le cul.

Je ne souhaite ce que j’ai vécu à personne et savoir que vous l’avez subi également m’attriste beaucoup. Je vous souhaite à toutes et tous de vous en sortir, de vivre entouré(e) d’amour de votre part d’abord et de la part de ceux que vous aimez. Vivez chaque jour qui vient à vous à fond. Vous le méritez !

K.
 

Fichiers joints

12 Mar 2019
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Ancienne harcelée ici aussi, je ne comprendrai personnellement jamais le concept de "Pardonner pour soi-même". Mes anciennes harceleuses ne méritent rien d'autre que mon indifférence. Je n'ai pardonné qu'à une, celle qui est venue en personne me présenter ses excuses dans les quelques mois qui on suivit la résolution de l'affaire (convocation de tout le monde chez le CPE avec menace d'exclusion permanente si elles recommençaient, ça les a bien calmées). Pour les autres c'est trop tard: si elles me demandaient maintenant, 15 ans après, de leur accorder mon pardon je leur dirais d'aller se faire foutre, avec un grand sourire!

Apres je ne suis pas comme l'auteur de ce témoignage, mon harcèlement ne me bouffe pas au quotidien. J'y pense quand je lis un article sur le harcèlement scolaire et je suis peut-être un peu plus extrême que la moyenne conservant le traitement que l'on devrait réserver aux harceleurs mais c'est tout. Comme je l'ai dis, leurs vies je m'en contre carre!
 

Kettricken

Hate is always foolish, love is always wise
3 Jan 2019
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Je n'ai pas été harcelée mais il s'en est fallut de peu. Bon ok, je l'ai un peu été entre mes 6 et 12 ans, mais dès mes 12 ans, j'ai eu la chance incroyable d'avoir 2-3 amies géniales, elles aussi un peu des outsiders à deux doigts de se faire harceler. Mais comme on était unies et fortes, les dégâts ont été limités. On a eu droit à l'ostracisation et aux remarques méchantes mais ça n'allait jamais trop loin. Et sur la dernière année, quand ces petits cons avaient muris, ils semblaient presque étonné qu'on ne veuille pas frayer avec eux. "Mais vous vous intégrez pas, c'est de votre faute aussi" :lol:
Je ne suis plus en colère, ça ne me bouffe pas et j'ai dépassé pas mal des problèmes que ça a causé à mon estime de moi.

Et ben malgré ça, malgré que je n'en ai pas souffert plus que ça, je ne pardonnerai pas.
On ne peut pas accorder un pardon qui n'est pas demandé selon moi.
Je les méprise en fait

Il y a quelques années, j'ai revu le pire d'entre eux. Lui, il s'en était pris à moi dès que j'avais 6 ans et il avait été vraiment horrible jusqu'à nos 18 ans
Et là, on avait plus de 30 ans et le mec était travaillait dans l'humanitaire, était hyper écolo, fiancé, adorable selon l'avis de tous. Je l'ai regardé et je suis certaine que mon regard disait "je sais qui tu es. Tu es un salaud". Et je suis convaincue d'avoir lu dans son regard "t'as les boules hein, tu peux rien prouver, je suis incriticable" (mais je projette surement).
J'en tiré comme conclusion qu'il avait certainement changé mais que face à moi, il serait toujours le même. Et moi aussi. Et je ne vois pas l'intérêt de lui pardonner
 

StellaMars

Multiclic
4 Jan 2019
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Paris
retard-magazine.com
mmmh c'est marrant car on a eu cette discussion avec mes "vieilles" amies il y a peu.

J'en ai pas mal bavé au collège, surtout les deux premières années, j'étais une petite simplette atteinte du syndrôme de caliméro qui voulait attirer l'attention de celles que j'estimais être supérieures (aka : elles avaient du fric et des seins), et ça s'est pas mal retourné contre moi. J'estime, étrangement, que les torts sont partagés car j'ai vu d'autres jeunes filles laisser la première agression glisser sur leurs écailles d'ado et ne pas attirer de nouvelles tentatives par la suite. Cependant, j'ai bien conscience que même avec toute la bonne volonté du monde, je n'aurais pas pu faire mieux car j'étais sensible, pas du tout blindée à la vie, et en quête d'une reconnaissance qui ne viendrait pas des autres. J'ai passé deux ans donc, à errer seule dans les cours de récré, à me prendre des trucs dans la gueule, me faire pousser dans les flaques, m'entendre ne pas répondre aux pires insultes, devenir un fantôme et maigrir de façon douloureuse.

J'ai aussi pensé au suicide, en estimant cependant que celui ci était trop compliqué et trop douloureux pour la mère que j'allais laisser seule... Heureusement.

Du coup pour en revenir au sujet, je ne crois pas que je pourrai un jour ressentir du pardon. L'une de ces filles, Mathilde C. (si tu passes par ici, sorry mais peut être que tu ignores le mal que tu as engendré ?), a aujourd'hui une carrière dont elle peut vraiment être fière, dans un domaine pas simple, et oeuvre visiblement pour le bien et l'intérêt général. J'en suis heureuse car malgré sa cruauté d'ado, il s'agit de quelqu'un de foncièrement intelligent, ...donc que ce cerveau puisse faire tourner le monde dans un meilleur sens me console. Oui j'aurais aimé qu'elle devienne laide, qu'elle finisse seule avec des chats moches et méchants et pleine de pustules. Heureusement pour elle il n'en est rien, et je me surprends parfois à me retrouver à la stalker sur instagram. J'ai pardonné aux suiveuses, qui ont elles-même pas mal morflé et qui sont aujourd'hui mes meilleures amies. Je serais capable d'éprouver du plaisir à la revoir en soirée, ma curiosité l'emportant largement sur la haine... ce qu'une de mes copines a du mal à comprendre et reste aujourd'hui persuadée que j'attise le feu de la haine contre cette personne en créant un réel complot autour d'elle. Quand aux 2 autres malfaisantes, pour le coup, elles finissent mal, et ça me va très bien comme ça.

Je n'ai pas pardonné mais ne suis plus bouffée par la colère, mon envie du moment est de réussir le challenge de faire des enfants qui deviendront, je l'espère, des ados avec plus de clefs de lecture, plus d'ironie et plus de force que je n'en avais moi, pour lutter contre ce genre de profils.
 
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Martesmartes

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3 Fev 2019
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@Kettricken
Ah mince, je te comprends. Bon, on est en droit de se dire qu'il a dû sacrément se remettre en question pour prendre ce chemin-là (même si personnellement, le style "humanitaire, hyper écolo, fiancé, adorable" a plutôt tendance à éveiller ma suspicion :yawn:) , ou alors qu'il est dans l'hypocrisie et ça le rattrapera. C'est même un mélange des deux...

:calin: et :bouquet: à tous les adolescent(e)s que nous avons été
 

Eitae

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3 Jan 2019
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@Hinhinhin Les personnes harcelées sont pas nécessairement toutes blanches, mais quand ça a des conséquences aussi grosses (sur la vie sociale, la carrière (ils m'ont fait fuir les études), le comportement etc), on peut difficilement pardonner. D'ailleurs ça me rassure de voir que je ne suis pas la seule à ne pas pardonner ça.
Ça ne veut pas dire qu'on n'a jamais fait aucune erreur, après de mon côté je pense absolument toujours à ne pas faire aux autres ce que je n'aimerais pas qu'on me fasse (peut être à cause de ça d'ailleurs et/ou mon éducation), si j'ai éventuellement fait du mal à quelqu'un alors j'en suis pas au courant, et je m'excuserais si on me le fait remarquer. J'ai tout de même rien fait d'aussi grave je pense.
 
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Kettricken

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@Hinhinhin Si j'avais le sentiment d'avoir fait un truc aussi moche, je commencerais par demander pardon. Sincèrement. Sans me chercher d'excuses.

C'est pour ça que je ne peux pas leur pardonner : ils ne veulent pas de mon pardon. Ils ne veulent pas regarder en face ce qu'ils ont fait
"Oh mais c'était pour rire". "Oh ça va, c'était pas si grave". "Oui mais bon on était des gamins"
Ouais. Les harcelés, on était aussi des gamins. Des gamins qui n'auraient pas dû souffrir comme ça.

Si le mec dont je parlais plus haut était venu me trouver et me disait qu'il avait compris, que c'était moche ce qu'il avait fait et qu'il regrettait, ben je pense que je pardonnerais. Je n'aurais jamais envie de le fréquenter, mais je le pardonnerais
Là, je ne vois aucune raison de le faire
 
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StellaMars

Multiclic
4 Jan 2019
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@Hinhinhin idem, en revanche je suis persuadée que les filles qui ont fait du mal n'ont probablement pas conscience aujourd'hui des conséquences et étaient elles mêmes en souffrance.

Je ne vois pas l'utilité du pardon en tant que tel, passer a autre chose et ne pas être bouffée par le désir de revanche, la honte ou la colère me paraît déjà être un chouette challenge pour les trentenaires que nous sommes en majorité ici.
 

Kitchie

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Je peux comprendre ce souhait que les harceleurs finissent mal et aient une vie très banale ou très triste. Malheureusement il faut se préparer à ce que ça ne soit pas le cas, bien au contraire. Car être capable de harceler un de ses camarades fait appel à des traits de caractère malheureusement recherchés et valorisés dans la société déviante dans laquelle nous vivons. Ces personnes auront peut-être bientôt le même comportement abject à l’egard de leurs collègues ou de leurs subordonnés. Vous verrez peut-être vos anciens harceleurs devenir célèbres ou avoir des carrières époustouflantes, rien n’est un hasard. Et le pire c’est qu’ils sauront souvent se faire passer pour des gentils. Alors ne pardonnez jamais, c’est encourager ce type de comportement dans la société, au contraire il faut combattre ces comportements et proner la bienveillance.
 
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pravda1917

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@Psyduck j’ai beaucoup (majoritairement?) d’amis prof et je sais que quand ils sont témoins de harcèlement ou de brimades ils interviennent mais dans mon histoire, les brimades (je dis pas harcèlement parce que ça ne venait que d’un mec et que par rapport à ce qui se passe avec les réseaux sociaux je trouve que j’ai eu beaucoup de chance) se sont arrêtées dès qu’une prof à ouvert sa bouche. Très bien me dirais vous, mais pourquoi ne le faire qu’en fin d’année alors que selon ces dires « elle constate ce petit manège depuis des mois »? Il y a peut être une raison logique à ça (peut que d’intervenir renforce les choses peut être ) mais sur le coup j’étais à la fois soulagée et en colère
 

Martesmartes

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3 Fev 2019
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devenir célèbres ou avoir des carrières époustouflantes
@Kitchie
ça, c'est ce qu'on voit de l'extérieur et ce qu'ils s'évertuent à montrer. Est-il possible d'imaginer un harceleur en haut de la pyramide social avec une vie de famille épanouie, un entourage sain et l'acceptation apaisée de vieillir, entre autres chose inestimables ? Il pourra se payer des choses très chères pour oublier la peur de déchoir, mais elle reviendra irrémédiablement.
 

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