Harcelée au collège, j’ai vécu 15 ans dans la colère

Merlu

Le troisième type, c'est moi
18 Fev 2019
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Devant ton nez
Je ne partage pas du tout cette idée que pardonner soit une condition sine qua non pour tourner la page. Parce que moi, ce qui me ferait beaucoup de bien, ce serait que mes anciens bourreaux implorent mon pardon et que je ne le leur accorde pas. J'ai encore aujourd'hui les séquelles de ma scolarité chaotique et je suis convaincu que les cicatrices ne disparaîtront jamais vraiment. Ça m'apporterait un certain réconfort de savoir qu'il souffrent autant qu'ils m'ont créé une souffrance qui encore aujourd'hui est bel et bien présente, alors qu'au contraire, ça me rendrait malade de leur pardonner, j'aurais l'impression de redevenir la bonne poire que j'ai trop souvent été.
 
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Martesmartes

Well-known member
3 Fev 2019
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J'ai aussi été victime de brimades, dans une moindre mesure cependant. Je ne me souviens que d'un vendredi après-midi où ça commençait à tourner en véritable harcèlement mais où les quelques personnes en cause se sont arrêtées d'elles mêmes en voyant qu'elles allaient trop loin cette fois-ci. Extrêmement timide, j'ai endossé "naturellement" le rôle de victime à partir de la 5e où je me suis retrouvée dans un environnement plus hostile que ce que j'avais connu auparavant. C'était beaucoup plus facile pour moi de faire le dos rond que de répondre.
J'ai tendance à penser, mais je me trompe peut-être, que les auteurs de ces brimades sont devenus des adultes à l'existence peu enviable. Mais je me fiche complètement de savoir ce qu'ils sont devenus en fait.
 

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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Je n'ai pas été harcelée. Enfin, y a eu un essai, je peux en parler si ça peut aider certain.es : le truc qui semble ordinaire, des intimidations physiques. Mes parents m'ont dit qu'ils ne pouvaient pas m'aider sur ce coup, et que je devais leur casser la figure, quitte à le faire séparément et de façon honteusement dissimulée, et du coup ça a marché : j'en ai pris une à partie (celle qui avait commencé le truc), elle s'est débinée, et quand elle est revenue avec sa bande, je lui ai dit qu'elle faisait moins la fière toute seule, et de manière étonnante, toutes ses potes se sont retournées vers elle, en m'oubliant presque complètement, comme si elle avait déchu d'un truc (elles sont restées potes, du coup j'ai la satisfaction de savoir que ça n'a pas dégénéré dans un autre harcèlement par ma faute). edit : à la réflexion je pense que c'est parce que l'apprentie meneuse ne l'avait pas dit à ses potes, et du coup elles étaient déstabilisées et voulaient avant tout savoir ce qui s'était passé entre nous, oubliant qu'à la base elles voulaient m'embêter. J'avais aussi oublié que je leur avait dit que j'allais leur "casser la g.", peut être que ça a joué ?
Mais pour revenir à l'idée de pardon, puisque, même sans avoir connu un harcèlement "long", j'ai pu voir un peu ce que ça pouvait donner : si pardonner permet à l'autrice d'avancer, c'est ça qui compte.

Par contre je ne vois pas le pardon comme il est présenté ici : "Ça veut simplement dire que ce qui est fait est fait et qu’il est temps de passer à autre chose. Leur en vouloir toute ma vie ne changera rien. En pardonnant, j’ai enfin mis mon passé derrière moi et j’ai décidé de vivre au présent."
Pour moi, ça c'est "oublier". Pas "pardonner".
Pardonner, enfin pour moi, c'est potentiellement accepter d'aller prendre un verre en toute amitié, sans avoir envie de leur jeter leur verre à la figure. J'avoue que pour le harcèlement, le truc s'est arrêté tellement rapidement que j'ai aucun souci avec l'idée d'aller prendre un verre avec les filles qui m'avaient fait ça, parce que justement c'est pas allé loin. Mais pour d'autres cas de conflits que j'ai pu connaître, le pardon est hors de question pour moi. Typiquement, les hommes qui agressent les femmes, pour moi c'est oubli relatif, apaisement personnel, mais pas pardon.
En fait pour moi le pardon est une notion floue : si ça veut dire que je ne vais pas agresser la personne en retour, ok. Mais pour moi c'est plus de l'oubli et de l'indifférence. Le pardon (pour moi) suppose en plus une volonté de potentiellement s'entendre avec les agresseurs, que je n'ai absolument pas.


Edit :
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Kniphofia

Au fond du jardin
3 Jan 2019
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Moi aussi j'ai bien morflé au collège et de manière un peu plus soft au lycée. Si j'en avais l'occasion, je ne pardonnerai pas à ces personnes. Elles ont durablement bousillé toute confiance en moi et j'ai aussi longtemps été persuadée d'être un monstre. J'en veux aussi à ma famille qui se doutait que ça n'allait pas mais n'a rien fait, à part me dire de faire des efforts pour m'intégrer. A y repenser, les relations que j'avais avec les membres de ma famille étaient également indéfendables. Ça donne une adulte méfiante mais paradoxalement sensible au moindre petit compliment. J'ai également tendance à couper net toute forme de relation quand je sens que ça commence à tourner à l'aigre, par exemple un manque de respect d'un.e collègue une seule fois mettra définitivement fin à ses chances de devenir mon ami.e !
 

Cococat

Well-known member
3 Fev 2019
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Je n’ai jamais été victime de harcèlement et je n’ai jamais harcelé mais je fais partie de la « majorité silencieuse ». Ceux qui voyaient mais qui ne réagissaient pas et ça m’a pas mal poursuivi. J’ai eu des regrets et de la culpabilité en grandissant et en me rendant compte de l’impact psychologique que cela avait sur les victimes. Aujourd’hui je fais très attention dans le cadre de mon taff. Je suis manager sur plusieurs services et même à l’age Adulte certains continuentd’essayer D’etablir Des rapports de force en harcelant les autres. J’ai eu le cas de trois collaboratrices qui s’en sont pris à un autre (un mec très discret, timide et ultra compétent), à se foutre de sa gueule, a le contredire systématiquement etc. Ça a été un signal rouge. Elles ont été immediatement dispersées dans des services différents avec des horaires décalées. Les harceleurs ont rarement le courage d’agir seuls, donc les séparer reste le meilleur moyen de les calmer.
 

Merlu

Le troisième type, c'est moi
18 Fev 2019
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Devant ton nez
@Cococat À la limite, je suis prêt à pardonner à la majorité silencieuse son inaction. Il y a plein de raisons qui peuvent expliquer l'inaction: peur -légitime si j'en crois plusieurs témoignages- d'être une cible à son tour où que ça ne fasse qu'aggraver la situation, effet témoin ou sidération psychique (qui sont des mécanismes psychologiques inconscients et qu'on ne contrôle pas).
 

Stl_44

Cramez tout ! Y aura pas de révolte.
24 Avr 2019
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J'ai subit du harcèlement scolaire dès l'école primaire où je me suis fait cassé la gueule en cm1 a coup de règles au détour d'un couloir. Et si je recroiserai les gamins qui m'ont fait ca, je leur rendrai la pareille violemment honnêtement. J'en ai marre de cette société où on doit forcément tout pardonner. Des fois, certaines choses sont impardonnables tout simplement alors je ne vais pas aller m'embêter à pardonner à ceux qui m'ont blessés car je le vis tout simplement très bien. Le pardon n'est pas obligatoire pour avancer.
 

Janita

Active member
24 Jan 2019
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Hum c'est intéressant ce débat sur le pardon... En fait tout dépend de ce qu'on met dans ce mot. Personnellement, je ne dirais pas que j'ai " pardonné " à mes harceleurs, mais comme la Rockie qui témoigne, j'ai décider à un moment d'arrêter d'être en colere. C'est du passé, et il n'y a aucune raison que ça m'atteigne maintenant. Je suis même arrivé à un stade où je ne regrette pas cet épisode ( mon année de quatrième, ça n'a pas été très long ) car il a en partie fait de moi ce que je suis devenu et j'aime bien ce que je suis devenu !
Mais pardonner, non, aucune raison pour que je leur pardonne
 

grenouilleau

Well-known member
9 Jan 2019
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Ce que disait l'un des messages est très juste : les enseignants, les adultes de manière plus générale, ont une responsabilité dans le harcèlement, quand ils voient et ne font rien. Il faudrait vraiment former les profs à ça, l'école c'est aussi l'apprentissage de la sociabilité, pas uniquement l'apprentissage de savoirs théoriques.
 

Natylia

Bisounours mais je me soigne
22 Avr 2019
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@grenouilleau tu mets le doigt sur justement un des problèmes que l'on rencontre… Je suis prof et je n'ai jamais été formée à ces thématiques (comme à pleins d'autres qui sont toutes aussi incontournables ! ) De plus étant en collège avec une matière à volume horaire assez faible, j'ai énormément d'élèves (plus de 300 en moyenne chaque année), ce qui rend très compliqué la possibilité de s'apercevoir de certains comportements (notamment le harcèlement qui peut être lié à la répétition de "petites" choses)
Bref, on fait souvent ce qu'on peut mais on voit pas grand chose au final… (et quand on s'en aperçoit, les solutions proposées me semblent souvent très réduites et inadaptées).
En tout cas, je suis d'accord qu'il y a beaucoup à faire pour stopper ces comportements qui ont des conséquences désastreuses.
 

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