Féminisme «pro sexe» ou féminisme «abolitionniste» ?

Vis à vis de la prostitution, vous êtes féministes :

  • Totalement «pro sexe»

    Votes: 22 12.0%
  • Plutôt «pro sexe»

    Votes: 62 33.7%
  • Plutôt «abolitionniste»

    Votes: 41 22.3%
  • Totalement «abolitionniste»

    Votes: 16 8.7%
  • Je ne connais pas encore assez ce sujet

    Votes: 30 16.3%
  • Je ne me sens pas concerné.es

    Votes: 3 1.6%
  • Je ne souhaite pas prendre position/pas d'avis

    Votes: 8 4.3%
  • J'en ai rien à foutre, chacun sa merde

    Votes: 2 1.1%

  • Nombre total d'électeurs
    184

adita

Dans le carré VIP en survet
2 Jan 2019
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Quelles mesures pourrait on mettre en place pour s'assurer à 100 % que les TDS ne sont pas exploités ? La frontières entre intermédiaire et proxo étant clairement grise parfois.
Je reviens sur cette question et vos réponses @A Kane et @Aesma parce que il y a une chose qui m’étonne dans vos réponses, c'est qu'il manque un truc que je trouve super important: pouvoir être en sécurité face à un client.
Ok c'est important les congés payés, la sécu, les coopératives, ok mais en fait la sécurité pour moi ça reste le plus important.
Et c'est aussi pour ça que des jeunes filles, dans la prostitutions qu'on appelle "des cités" (même si ça ne se passe pas que dans les banlieues), tombent très vite sous le coup de proxénètes, parce que à partir d'une envie "choisie" de se prostituer, il faut bien assurer sa sécurité derrière... C'est hyper important et c'est aussi là que le proxénétisme se développe, parce que le proxénète peut choisir les clients, réserver les hôtels etc mais surtout il va être là dans l'appartement, parfois partagé avec plusieurs filles, pour assurer la sécurité. Et prendre un pourcentage non négligeable des revenus des passes.
On peut vraiment pas faire l'impasse sur ce sujet, pour moi c'est le plus important quand on parle de prostitution.

- Déjà le strass, qui se revendique comme syndicat du travail du sexe en France, n'est à mon avis pas du tout représentatif des TDS en France. Ils sont notamment incapable de donner un avis sur les femmes et hommes qui travaillent dans les salons, dans la rue, de manière contrainte. Leur crédo : le Travail du Sexe est un travail comme les autres, on veut l'exercer comme les autres. Sauf que tenir ce discours est selon moi dangereux :
- selon l'IGAS, 93% des femmes prostituées en France sont d'origine étrangère. Certaines, comme le montre ce papier, sont arrachées à leur famille à treize ans.
- Selon l'IGAS, toujours, entre 50 et 70% des personnes prostituées sont victimes de troubles psychiques.
et 50% des prostitué.e.s sont victimes de violences dans le cadre de l'exercice de leur travail. Donc, l'argument du strass, sur "un travail comme les autres" à ses limites. Je veux bien qu'il existe des femmes et hommes qui ont fait ce choix de manière éclairée, et qui ne le regrettent pas : mais combien sont-ils pour combien de femmes et d'hommes anonymes - victimes - de ce système ? C'est pourtant ceux qu'on entend le plus, et même si leur parole est importante, elle est minoritaire. Pour moi, c'est pareil que le privilège blanc : les 2% minoritaires accaparent 95% de l'espace médiatique et refusent de reconnaître les problèmes sus-cités.
OUI. Merci de le rappeler
 
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Aesma

Menstruoloque
6 Jan 2019
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@adita Clairement la question de la sécurité est survolée dans mes précédents messages mais j'avoue que dans mon monde idéal, un·e TDS qui porte plainte pour agression ne se ferait pas rire au nez dans un comico - parce qu'actuellement on est pas mal niveau impunité. Mais en même temps nombre de mesures vont dans le sens d'un + grand contrôle des TDS :
→ la modification de la loi sur le proxénétisme (et notamment la disparition des peines pour proxénétisme de soutien) c'est bien dans le but de faire la différence entre la personne qui fait un back-up (connait le lieu et l'heure de ton rdv, appelle après pour s'assurer que tout va bien etc) et la personne qui oblige à faire X passes par jour en récupérant la majorité du fric.
→ les coopératives, ça permet d'être entre TDS, louer des locaux ensemble, faire les back-up les un·e·s des autres, se partager les noms des "mauvais clients"
→ les plateformes d'annonces ça évite de tapiner dans la rue. En quelques messages virtuels il est déjà possible de se faire une idée de si la personne est louche ou si ça va - et donc refuser un rdv si on ne le sent pas... quand on n'est pas dans une telle précarité qu'on ne peut pas se permettre de refuser la possibilité d'une rémunération
→ la dépénalisation des clients qui permet de remettre les TDS en position de force et de négociateurices, ce sont ielles qui imposent les conditions et les prix, si les clients ne sont pas d'accord il y en a d'autres.

Bon par contre je ne comprends pas ce raccourci sur "le STRASS ne sert les intérêts que d'une minorité de personnes" du coup comparons avec le comparable : j'ai été sur les pages FB du STRASS et du Mouvement du Nid et je remonte de aujourd'hui à début septembre.
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A Kane

Well-known member
2 Jan 2019
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@adita tu as bien sûr raison quant au fait qu'il faut que les TDS doivent pouvoir être en sécurité ! La raison pour laquelle je n'ai pas mentionné ça, c'est que ce n'est pas vraiment une mesure qu'on peut prendre, mais plutôt un résultat de mesures qui sont prises :)

Je ne suis pas une experte du comment assurer la sécurité, mais comme @Aesma je pense que ça passe par permettre la coopération entre TDS, faire la différence entre un proxénète qui exploite vs. un agent dont le job est d'assurer la sécurité/gérer l'admin, assurer plus de sécurité financière pour éviter qu'elles soient poussées à accepter des passes perçues comme dangereuses, etc. Bref tout ce qui leur donne du pouvoir dans la relation et leur évite d'être en situation de vulnérabilité.
Et de l'autre côté, je pense qu'il faudrait un système judiciaire qui rend plus risqué pour les clients d'agresser parce qu'une TDS qui porte plainte serait bien reçue, prise au sérieux, que les agressions sont poursuivies, aboutissent à des condamnations, etc.
 

Eitae

Well-known member
3 Jan 2019
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Je sous-marine ici depuis un moment, ça m'interroge beaucoup. Je suis plutôt abolitionniste mais j'y réfléchis.
Y a cependant des choses qui me dérangent par rapport aux discours des gens qui veulent rendre la prostitution "normale", je vois personne parler de ça, je suis peut être la seule au monde à me poser cette question... Mais si on en fait un boulot comme un autre, reconnu, accepté etc comme les tds le voudraient (pour la sécurité notamment ça j'ai bien compris), en tant que chômeuse actuellement, j'aurais extrêmement peur qu'on me dise "ben tiens va faire ça !"... J'ai conscience que du coup le problème est peut être plus au niveau du fait qu'on ne puisse pas vraiment choisir son métier (dans le sens "offre raisonnable" et sanctions par pôle emploi si jamais ça nous convient pas) qu'au niveau de la prostitution elle-même... Mais dans la mesure où il se passe pas une semaine sans qu'on me demande si j'ai trouvé du boulot, et vu la difficulté que j'ai eu pour faire accepter l'idée que je ne voulais plus faire tel ou tel métier, c'est moche mais j'ai envie de dire que ça m'arrange que ce métier sois actuellement au niveau inacceptable pour les proches par exemple... C'est peut être hors sujet tout ça, désolée !

Parce que du coup si jamais les mœurs changent sur la prostitution, rien ne dit qu'ils changeront aussi sur le côté capitaliste et tout ça.

Je suis consciente qu'on est encore bien loin de cette situation, mais ça m'inquiète quand même pas mal. Et c'est qu'une interrogation personnelle, j'espère que ça choquera personne ici !
 

Aesma

Menstruoloque
6 Jan 2019
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@Eitae Comme tu le dis le problème viens surtout des dernières réformes de l'assurance chômage qui s'arrangent pour radier le + de personnes possibles pour faire "miraculeusement" baisser le taux de chômage et le montant des indemnisations.

Sachant que :
1 je ne serais pas très surprise qu'il y ait déjà des annonces camouflées de travail du sexe dans les offres pôle emploi et d'autres sites (c'est assez hallucinant sur les trucs photos où des "amateurs passionnés" cherchent des meufs de 18 à 25 ans minces et jolies pour faire des photos de lingerie, nu et + si affinités ou les annonces immobilières qui proposent des chambres pour étudiantes uniquement où y a moyen de négocier le prix avec le proprio)
2 les syndicats et assos qui défendent le travail du sexe ont à coeur que les TDS soient leur propre patron·ne, limiter au maximum les intermédiaires (ou alors que ce soit les TDS qui embauche carrément des assistant·es pour gérer les rdv, faire les back up etc) donc pas d'annonces vu que ce serait du free-lance (en gros)

Mais j'avoue maintenant que tu le dis, le capitalisme est prêt à tout et j'imagine très bien des entreprises ubérisant la prostitution, c'est assez gerbant.
 

Merlu

Le troisième type, c'est moi
18 Fev 2019
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Devant ton nez
Ce serait intéressant de synthétiser le débat sur un site tel que wikidébats.
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J'ai essayé de le faire, mais un incident technique m'en empêche (rien ne se passe quand je clique sur "enregistrer"), donc s'y quelqu'un veut s'y mettre, iel peut.
 

Imago

Well-known member
4 Jan 2019
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Je ne viens pas forcément pour donner ma position directement sur la prostitution mais plutôt à propos d'un sujet annexe et dont il a été question ici.
@Chopin a donné des arguments intéressants sur les personnes qui ont vécu des traumatismes sexuels durant l'enfance ou au cours de leur vie et qui ont des conduites à risque ensuite, c'est-à-dire des conduites qui ne sont pas qualifiées comme telles à cause d'une opinion quelconque sur les moeurs mais qui sont considérées comme telles par rapport à ce qu'elles entraînent sur le psychisme de la personne. Et j'avoue que j'ai trouvé l'argument trop vite balayé.
Je vais dire ici que je parle à la fois en tant que professionnelle et que personne concernée, pas pour faire argument d'autorité, mais pour éviter de faire moi-même des généralités abusives et donc préciser que je parle surtout de vécu, en tant que personne qui a été agressée et qui en a eu une histoire imprégnée (je précise : il ne s'agit pas de prostitution) et en tant que personne qui accompagne des enfants violentès.
J'ai donc vécu une agression sexuelle au début de l'âge adulte et j'ai ensuite développé des conduites dont je n'étais plus maîtresse. C'est cinq ans après que je me rends compte de l'influence qu'a pu avoir cet événement sur le cours de ma vie. Je ne peux pas dire que je regrette le parcours que j'ai eu ensuite, mais qu'en tout cas mes capacités de discernement n'était plus si claires et que la frontière entre le fait de décider et le fait de subir était très floue et me causait beaucoup de souffrance.
Dans le cadre de mon travail, j'accompagne parfois des enfants et des adolescents qui ont été abusés, et s'il faudrait prendre en compte toutes les nuances nécessaires pour être au plus juste, je pense en gros que je peux considérer comme vrai que la grande majorité a des conduites conditionnées par les drames qu'elle a vécue auparavant.
Si je comprends que la prostitution puisse être un moyen de justement dépasser certains traumatismes passés, je ne pense pas qu'il faille balayer l'idée qu'elle puisse être destructrice pour d'autres. J'ai vu passer l'argument comme quoi le problème se situait plutôt dans l'amélioration de l'accompagnement psychologique, que j'ai trouvé très intéressant. Mais je réagis surtout pour d'autres commentaires m'ont plutôt donné l'impression de vouloir occulter cette possibilité, ce que je trouve très dangereux :hesite: Dans ce puits sans fond qu'est le sujet de la prostitution, n'oubliez pas la santé mentale, et ne mettez pas aux oubliettes l'ensemble des données sur les traumatismes.
Si je ne peux pas vous dire exactement mon positionnement sur la prostitution, je peux vous dire mon positionnement sur le sexe : ce n'est pas une activité comme une autre. La littérature à ce sujet, et notamment sur le sujet du traumatisme, pullule en ce sens. Le fait que des enfants de quatre ans violés puissent développer des syndromes post-traumatiques alors qu'ils n'ont aucune conscience précise de ce qui leur est arrivé a fini de me convaincre.
Et logiquement, même si j'étais pro-prostitution, je resterais convaincue qu'il s'agirait d'une activité différente d'autres métiers banals, à ranger plutôt avec les métiers à risque pour le mental ou à risque dans le rapport aux autres : flics, pompiers... Car se rajoute le fait que quand bien même je suis convaincue qu'une personne peut individuellement considérer la prostitution comme une activité banale, un mauvais rapport avec un client en prostitution n'implique pas le même risque qu'un mauvais rapport avec un client en boulangerie. La zone grise qui est communément là dans le sexe ordinaire me paraît très prégnante dans l'activité des prostituées. Se forcer soi-même ou être contraint à avoir une relation sexuelle me paraît évidemment bien plus difficile que se forcer ou être contraint de mouler une baguette.
En fait, je ne pense pas la prostitution ordinaire par rapport à deux choses : dans ce qu'elle implique des gens qui peuvent s'y orienter (qui peuvent être des gens en difficulté mentale (je le reprécise : je ne pense pas ça pour tous)) et dans ce qu'elle implique de risque pour les gens qui la pratiquent.
Plus globalement, comme @adita, je vois aussi arriver une banalisation qui frôle l'encouragement aux "emplois du sexe" (que je mettrais plus globalement dans un encouragement à une sexualité... explicitée ? débridée ? J'ai du mal à trouver les mots.) Je l'ai ressentie moi-même quand j'étais dans ma période de "troubles mentaux". Je le précise ici : je galère à mettre les nuances que je voudrais pourtant mettre, car il est tard, et que le sujet est d'une complexité affreuse. Mais en gros : même si je ne pense pas une certaine vision moderne du sexe (dont fait partie le discours féministe pro-prostitution) comme responsable de mes conduites, je l'ai trouvée encourageante là où je me dis qu'il aurait fallu qu'on soit prévenant. J'étais très pimpée par la libération, l'outrepassement des normes, ... Et je voyais un positif dans l'expression de mes troubles que je ne vois plus aujourd'hui, au contraire.
C'est pour toutes ces raisons personnelles que je pense important de rester vigilant au sujet de la prostitution, de tous les emplois qui impliquent le sexe en général. Je reste assez amère par rapport à mon passé et me doute très bien que de nombreux hommes ont été très contents que j'arrive dans leur vie avec ma sexualité débridée. J'ai également peur pour tous ces gamins et gamines que j'ai croisés, je veux la plus grande protection pour elles et eux. Globalement je vous rejoins sur le fait qu'il s'agira pour beaucoup d'une sortie de ce système économique. Mais je ne veux juste pas d'un système qui précipite dans la prostitution des personnes qui en sortiront misérables, d'une manière ou d'une autre, en interdisant ou en autorisant.
Ce message est décousu et j'aurais tellement aimé qu'il exprime mieux le fond de ma pensée :hesite: Je sais que mon cas n'a pas valeur de généralité, et je veux rappeler que ce n'est pas en partant de lui que je veux choisir une légifération particulière : il y a des données politiques, économiques, philosophiques qui m'échappent complètement. Mais je crois que le sujet du trauma m'échappe moins et c'est ce qui m'a poussée à prendre la parole. Il n'est pas question de dire non plus que mon cas résume celui de toute personne traumatisée, ce serait bien évidemment faux. Mais juste qu'il existe.
Je serais ravie, du coup, de connaître les réflexions qui découleraient de mes idées, ça pourrait m'aider à forger mon opinion, justement.

Ah et édit : j'espère que les personnes mentionnées 6 mois après ne sont pas trop embêtées :sweatdrop:
 
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GrumpyBunny

Well-known member
3 Jan 2019
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@Imago ton témoignage et tes interrogations sont vraiment très intéressants et je te rejoins sur cette ambivalence entre protéger et autoriser/responsabiliser. Je me demande toutefois si le problème ici, est vraiment la prostitution et le travail du sexe en général ou la mauvaise prise en charge des troubles mentaux, traumatismes divers et plus globalement d Léa santé mentale en France. Les comportements sexuels à risque sont une des possibilités pour des personnes qui auraient subis des traumatismes mais globalement on est sur une recherche du risque non? Donc est ce que la solution ou le garde-fou à mettre en place pour lutter contre ces dérives et ce risque ne serais pas d’investir enfin massivement dans la santé mentale et la prise en charge des victimes d’agressions sexuelles ?
 

Roox

Member
27 Jan 2021
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10
3
"elle est géniale"

Ouais et pas du tout orienté en plus.

Cette propagande "pro choix" je n'en peux plus. Banaliser la pornographie et la prostitution, c'est juste insupportable. D'une inconscience et d'une irresponsabilité affligeante.
Surtout lorsque c'est les plus précaires et la jeunesse qui trinquent derrière.


@Imago ton message est le plus censé que j'ai pu lire depuis longtemps sur ce topic.
 
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Juddy_Abbot

Well-known member
7 Jan 2019
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Hello,
J'ai lu plus ou moins tous les commentaires.

Personne ne parle me semble t il du contexte de la prostitution et du porno : système patriarcal, un service pour servir les hommes et pour leur plaisir, sans parler d'un autre problème qui est pour moi essentiel : sexe contre argent.

Déjà qu'avec une capote un mec normal a du mal, imagine s'il paie de l'argent. Vous allez me dire contrat etc etc... Oui, mais honnêtement, combien de nous sommes nous senties obligées et on a cédé pour faire des trucs qu'on voulait pas juste pour le plaisir de monsieur et pour pas se faire chier... Alors qu'on est même pas payées..

Imaginons la même situation en sachant que le mec d'en face te dis oui mais je t'ai payé pour, vas y stp.. Ou encore il te viole juste et tu encaisses et puis basta.
C'est quoi la suite ? Porter plainte pour service en dehors de la carte ou du contrat ? Facturer plus en mode supplément sans capote +++ ?
Je caricature à peine, mais sérieux..?

Puis le libre choix ? Sachant que plusieurs commencent très tôt et avant 15 ans.
Le documentaire sur l'affaire Epstein explique assez bien cette question.
 

A Kane

Well-known member
2 Jan 2019
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@Juddy_Abbot j'ai l'impression pourtant qu'on a pas mal parlé du contexte ou des contextes dans lesquels les prostituées exercent. Il me semble que tout le monde est d'accord pour dire que le contexte actuel est très problématique et entraîne de nombreux abus, la précarité et la vulnérabilité pour la grande majorité des travailleuses du sexe.

Pour moi les points sur lesquels on est en désaccord c'est plutôt:
1) est-ce qu'il serait possible d'aboutir à un système sans exploitation sexuelle des prostituées ?
2) quelles mesures il faudrait prendre pour y arriver (si on pense que c'est possible) ?
3) est-ce que ces mesures sont réalistes et quelles pourraient être leurs conséquences indésirables ?

Je rebondis aussi vite sur ça:
Déjà qu'avec une capote un mec normal a du mal, imagine s'il paie de l'argent. Vous allez me dire contrat etc etc... Oui, mais honnêtement, combien de nous sommes nous senties obligées et on a cédé pour faire des trucs qu'on voulait pas juste pour le plaisir de monsieur et pour pas se faire chier... Alors qu'on est même pas payées..
C'est intéressant ce que tu dis parce que c'est un argument que j'ai plusieurs fois vu retourné par des travailleuses du sexe en disant: on fait toutes du sexe pour des raisons qui ne sont pas le désir sexuel, pour faire plaisir, parce qu'on a pas envie de se faire chier, etc., du coup autant se faire payer pour. L'idée c'est que vu que tu vas de toute façon te retrouver à faire des trucs sexuels sans le désir, autant récupérer des avantages matériels en échange parce que comme ça tu ne l'as pas fait juste pour le plaisir de l'autre, gratuitement.

Alors bon, perso dans l'idéal je trouve que ça serait cool que les gens dans nos vies avec qui on a des relations sexuelles ne nous mettent pas dans des situations où on se sent obligées/où on se retrouve en position où accepter un rapport c'est "céder" parce que ça implique une pression et un rapport de force quelque part et que c'est quand même très très problématique. Mais concrètement la majorité des hommes avec qui j'ai eu des relations sexuelles répétées m'ont mises dans cette situation à un moment où à un autre, avec tout ce que ça peut avoir comme conséquences. Donc ben je sais pas trop quoi en conclure, mais je peux comprendre comment des gens peuvent rationaliser les choses en se disant "autant être payé", ou du moins je vais pas les juger ou me dire qu'ils ont tort.

Mais pour moi ça illustre en tout cas bien que le problème il est dans les relations asymétriques, que ça soit dans le cadre d'un couple où l'un peut mettre la pression à l'autre ou dans un rapport tarifé. Quand l'un des deux partis se sent légitime de ne pas respecter les limites de l'autre ou estime avoir son mot à dire sur ce qu'autrui fait de son corps, forcément ça ne peut déboucher que sur des abus ou de l'exploitation. Ce qui rejoint ce que dit @Aesma sur le fait que le patriarcat et les inégalités économiques sont à la source d'une grosse partie du problème.
 

Juddy_Abbot

Well-known member
7 Jan 2019
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53
@Juddy_Abbot j'ai l'impression pourtant qu'on a pas mal parlé du contexte ou des contextes dans lesquels les prostituées exercent. Il me semble que tout le monde est d'accord pour dire que le contexte actuel est très problématique et entraîne de nombreux abus, la précarité et la vulnérabilité pour la grande majorité des travailleuses du sexe.

Pour moi les points sur lesquels on est en désaccord c'est plutôt:
1) est-ce qu'il serait possible d'aboutir à un système sans exploitation sexuelle des prostituées ?
2) quelles mesures il faudrait prendre pour y arriver (si on pense que c'est possible) ?
3) est-ce que ces mesures sont réalistes et quelles pourraient être leurs conséquences indésirables ?

Je rebondis aussi vite sur ça:

C'est intéressant ce que tu dis parce que c'est un argument que j'ai plusieurs fois vu retourné par des travailleuses du sexe en disant: on fait toutes du sexe pour des raisons qui ne sont pas le désir sexuel, pour faire plaisir, parce qu'on a pas envie de se faire chier, etc., du coup autant se faire payer pour. L'idée c'est que vu que tu vas de toute façon te retrouver à faire des trucs sexuels sans le désir, autant récupérer des avantages matériels en échange parce que comme ça tu ne l'as pas fait juste pour le plaisir de l'autre, gratuitement.

Alors bon, perso dans l'idéal je trouve que ça serait cool que les gens dans nos vies avec qui on a des relations sexuelles ne nous mettent pas dans des situations où on se sent obligées/où on se retrouve en position où accepter un rapport c'est "céder" parce que ça implique une pression et un rapport de force quelque part et que c'est quand même très très problématique. Mais concrètement la majorité des hommes avec qui j'ai eu des relations sexuelles répétées m'ont mises dans cette situation à un moment où à un autre, avec tout ce que ça peut avoir comme conséquences. Donc ben je sais pas trop quoi en conclure, mais je peux comprendre comment des gens peuvent rationaliser les choses en se disant "autant être payé", ou du moins je vais pas les juger ou me dire qu'ils ont tort.

Mais pour moi ça illustre en tout cas bien que le problème il est dans les relations asymétriques, que ça soit dans le cadre d'un couple où l'un peut mettre la pression à l'autre ou dans un rapport tarifé. Quand l'un des deux partis se sent légitime de ne pas respecter les limites de l'autre ou estime avoir son mot à dire sur ce qu'autrui fait de son corps, forcément ça ne peut déboucher que sur des abus ou de l'exploitation. Ce qui rejoint ce que dit @Aesma sur le fait que le patriarcat et les inégalités économiques sont à la source d'une grosse partie du problème.
Justement, au lieu de se plier aux injonctions de céder pour faire plaisir, on devrait être dans une optique de "il a pas a me mettre de la pression et je n'ai pas à céder. En fait, je fais ce que je veux, le sexe étant un échange de plaisir et toute pratique devrait être désirée par les deux partenaires ou plus...".

Donc pour moi l'argument de on le fait de toute manière donc autant être payée pq c'est ça the empowerment... Euh non.
C'est se forcer. Et please que personne ne vienne me dire que on se force aussi en allant au bureau le matin etc etc etc.

Et puis, la prostitution et le porno sont régis par le rapport de domination. Ce sont les mecs qui ont recours à la prostitution, aux clubs de strip-teas, peu de femmes sont clientes de tout ce qui est prostitution...
Si ce rapport de domination patriarcale et économique cesse d'exister, peut être que la prostitution n'existera plus. Ou il y aura juste une minorité qui le fait.
Avant le mariage c'était une transaction sociale et économique. Un mec riche qui épouse une femme jeune et jolie pour la protéger et la nourrir en échange de sexe et de progéniture.
De nos jours, ce schéma, n'est presque plus valable dans les pays occidentaux (pq ça existe toujours dans d'autres société, the male provider)....
Certes il y aura toujours des femmes qui voudraient que les mecs soient ceux qui dépensent etc etc dans une logique de confort personnel, mais c'est un piège car à long terme c'est une prison, car économiquement et socialement on dépend de ce provider et donc on subit les dérives d'un tel arrangement.

De la même manière, si la prostitution était un choix dénudé de toute pression patriarcale et économique, ce qui ne sera jamais le cas à mon avis, car c'est l'essence même de la prostitution, un service tarifé pour les hommes qui ont de l'argent qui choisissent une belle femme pour assouvir leur désirs (sans parler des cas des personnes handicapés ou autres configuration du style, c'est un sujet à part meme si très relié).

Dans ce cas, quel est le motif de coucher avec plusieurs mecs si ce n'est que pour de l'argent? Quel serait la différence entre avoir des plans cul ou coups d'un soir, et se prostituer (si on assume que le patriarcat et l'aspect économique n'ont rien à voir la dedans et que la femme peut choisir ses 'clients' ?)
 
  • You Rock !
Reactions: Emeline

A Kane

Well-known member
2 Jan 2019
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@Juddy_Abbot c'est un peu une tangente, mais je ne suis pas d'accord pour dire que le mariage/les relations ne sont plus (en partie) une transaction sociale et économique. Quand Paola Tabet parle d'un continuum d'échanges économico-sexuels et qu'elle place le mariage dessus, moi ça me parle grave et je peux complètement voir comment ça s'applique à ma vie où à la vie de personnes proches. J'ai hésité à détailler et expliquer pourquoi sous spoilers, mais vu qu'il y a beaucoup de gens sur ce sujet qui ont des opinions très tranchées, je me sens pas hyper en confiance, je n'ai pas trop envie de me faire juger ou qu'on vienne m'expliquer comment je devrais/aurais dû gérer ma vie.

Et le sexe pour moi ne peut pas être défini par un échange de plaisir, non seulement parce que ce n'est pas ce que c'est quand tu regardes le sexe qui prend place de manière générale, mais aussi pour moi ce n'est pas forcément ce que ça devrait être, je trouve que c'est réduire la fonction du sexe à un seul truc, donner une seule raison valable pour le sexe alors qu'il peut y en avoir plusieurs (il va de soi que pour moi le consentement devrait toujours être au centre, qu'on parle d'un échange de plaisir ou pas).
En fait je trouve que c'est un peu un injonction que de dire ça: "ta sexualité est ok seulement si pour toi le sexe c'est de l'échange de plaisir". Ben non, les gens peuvent avoir d'autres raisons et si ces raisons leurs conviennent, je ne trouve pas qu'on devrait les juger ou décider qu'elles sont mauvaises juste parce qu'on ne les partage pas. Et ça inclut la raison "je fais des trucs sexuels parce qu'on me paie". Si c'est une situation qui convient à la personne et dans laquelle elle s'est engagé volontairement, je trouve qu'on devrait la laisser faire sa vie sans lui imposer notre opinion qu'elle ne nous a pas demandée.