Kettricken

Hate is always foolish, love is always wise
3 Jan 2019
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@Merlu je suis partagée : est ce qu'il y a TANT de gens que ça foncièrement méchants qui veulent taper là où ça fait mal ? Est ce que y'a pas plutôt une majorité de gens très sur la défensive car blessés quotidiennement par toutes les interactions "violentes" qu'on vit dans notre société ?
Je suis sans doute un bisounours, mais je suis aussi convaincue qu'il y a très peu de personnes réellement malveillante.

Mais encore une fois faut que l'intention de départ soit de trouver une solution qui convienne aux 2 personnes sinon effectivement c'est juste une jolie manière de faire du chantage affectif. :lunette:
Exactement
(oui des big up ne suffisait pas)

Après, la communication non-violente n'est pas toujours la solution non plus. Je me souviens avoir eu un cours de communication où notre prof nous expliquait qu'il y a 4 grands modes de communication : aggressif, passif, manipulation et assertivité (+/- = à la CNV).
Et je me souviens qu'il nous avait clairement dit que même si l'assertivité était très prisée en entreprise, elle n'était pas appropriée à toute situation.
"Quand un requin vous chope le bras, ça ne sert à rien d'aller lui dire "alors tu vois, quand tu serre tes dents comme ça en cisaillant, ça me fait très mal et j'aimerais que tu arrêtes". Un bon coup de poing sur le nez est plus efficace".
 

ChatChocolaté

Well-known member
4 Jan 2019
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Mais est-ce que ça ne nous met pas parfois en danger ? Ça implique tout de même de se montrer vulnérable, et plein de gens se donnent pour mission sacrée de taper sur votre talon d'achille à coups de massue dès qu'ils y ont accès.
Je suis d'accord. Montrer sa vulnérabilité, oui… mais pas avec tout le monde.

La CNV a certainement de bons côtés, et je pense que cela peut permettre de désamorcer certains conflits dans un cadre privé (typiquement : avec ses parents, dans son couple…). Mais il faut que les personnes à qui on s'adresse soient bienveillantes. Et clairement, ce n'est pas toujours le cas.
Je n'utiliserais jamais ces techniques dans un cadre professionnel par exemple (où la bienveillance est, hélas, une denrée rare :lol:). C'est peut-être triste, mais je vois un peu ça comme tendre le bâton pour se faire battre. Il y a des endroits où les émotions et la vulnérabilité n'ont pas leur place, et dans ces situations, j'ai un peu l'impression qu'utiliser la CNV équivaudrait à se tirer une balle dans le pied. On peut certainement désamorcer des conflits en restant ferme et factuel.le…
 
C

Chaton sous-marin

Guest
J'attends aussi les autres articles. J'ai effectivement tendance à penser que montrer sa vulnérabilité est généralement mal vu (ça ne devrait pas en théorie mais dans la pratique...) et que peu de personnes sont adeptes de la CNV. Du coup, je me dis que cette méthode ne fonctionne uniquement que pour les convaincue.s. Ça me semble tellement peu instinctif dans le monde dans lequel on vit que j'ai du mal à imaginer des personnes qui emploieraient cette méthode naturellement.
Je ne sais pas si ça correspond à la CNV mais je suis bien d'accord qu'il vaut mieux faire preuve d'objectivité, éviter les insultes, les critiques gratuites, les cris... de façon générale.
Par contre, je m'interroge sur l'utilisation du pronom "je" (et du pronom "tu" aussi en fait) en cas de conflit. Je me demande si ça n'engendre pas une sorte d'impasse relativiste dans laquelle chaque personne exprime ses émotions considérées comme d'une importance équivalente et c'est tout.
J'aurais plutôt tendance à éviter les pronoms personnels et opter pour des tournures plus neutres :unsure:.
 

Shiho

Well-known member
17 Fev 2019
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Ça va avoir l'air un peu bizarre, mais pour moi, la communication non violente ressemble à de la manipulation ego-centrée.

Montrer une vulnérabilité, c'est une arme aussi, çà met de ton côté le "bon droit". Du coup, c'est une méthode, parmi d'autres, pour parvenir à obliger l'autre, n'importe quel autre, à prendre en compte ton désir, ton ressenti, TOI. Ce désir n'est pas forcément valide. On peut faire passer par la communication non violente une demande totalement wtf.

Je vais donner un exemple : imaginons que je sois la mère d'un enfant lambda, et que je considère que le fait qu'il se salisse est horrible pour moi (c'est pas le cas, c'est un exemple absurde). Je peux très bien lui dire, de façon totalement non violente : "Chou, quand tu te salis, çà me fait mal au cœur, je suis obligée de nettoyer, çà me fait du travail. C'est pas grave, mais tu comprends? C'est difficile pour moi, çà me met mal à l'aise. C'est pour çà que je préférerais que tu ne te salisses plus. Est-ce que tu peux faire çà? Ou est ce que tu préfères continuer à te salir en jouant dehors? "
Comment tu formules ça, hors CNV ? J’ai souvenir d’avoir pris de belles engueulades parce qu’on s’était salis avec mon frangin, à base de « J’en ai marre de passer mon temps à faire des lessives / Tu me prends vraiment pour ta bonniche » ou « Ce tee-shirt est tâché maintenant, tu ne pouvais pas faire attention ?!! ».

La CNV pour moi, c’est simplement une démarche qui permet d’exprimer de manière constructive ce qui de toute façon sortira à un moment (souvent de manière épidermique), ou me bouffera de l’intérieur. Elle me permet de réfléchir objectivement à ce qui me remue / dérange réellement dans la situation, de le partager (parce qu’on n’a pas tous la même échelle de ressenti) et de chercher une solution.

Hurler à Roger « Vas-tu fermer ta gueule » un jour où je ne supporte plus le son de sa voix, c’est pas constructif (même si parfois c’est efficace). Aboyer sur ses autres collègues ou ne pas se concentrer tellement on est en colère, c’est pas terrible non plus. La solution ensuite, ce sera pas forcément que Roger arrive à parler moins fort, mais peut-être qu’il bossera un peu plus de chez lui, qu’il y aura des endroits pour téléphoner, ou au contraire des bureaux « 0 bruit ».

J’avais un ami qui me posait des lapins. On se mettait d’accord qu’il passait chez moi l’après-midi par exemple, et ensuite silence radio. Je m’en suis tapée la tête contre les murs, je lui en voulais, je me sentais comme un vieux paillasson. Au final, il ne se rendait pas compte de mon ressenti, parce que pour lui, ce n’était pas un vrai engagement, ça n’avait pas d’importance. Ensuite, quand il me disait « On se voit demain », je traduisais en « On se voit peut-être demain si j’ai le temps / si t’es dispo ». De son côté, il m’envoyait souvent un sms en cas de changement. De mon côté, sms ou pas, je ne m’interdisais pas de faire autre chose si l’envie m’en prenait. Ça a vraiment apaisé la relation. Il s’avère que pour les trucs importants, il a toujours répondu présent. On n’avait pas le même cadre. La CNV a permis d’en discuter sereinement et donc d’une part, de ne pas laisser cette différence occulter le reste, et d’autre part, de ne pas en souffrir.
 

TheMadTink

Moi dans le doute je réponds merde.
9 Jan 2019
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Dans mon entreprise, la CNV est une arme pour éviter de remettre en question les mauvais choix opérationnels.
A chaque fois que quelqu'un expose des fait qui sont le résultat d'une mauvaise gestion, on lui retourne une fin de non recevoir grâce à la magie de la CNV "tu n'es pas dans notre charte de communication non-violente" "tu m'as blessé", etc. etc.
Si bien que les problèmes sont déportés sur l'employé et plus sur le système de gestion : magique.

Je voudrais aussi attirer l'attention sur le fait que cet argument de la CNV
Nous sommes tous responsables de nous-même, de nos choix, de notre vie, de nos émotions. On ne peut pas forcer les autres à faire ou ressentir quoi que ce soit, et la réciproque est vraie.
Je dois trouver les solutions pour moi-même. Si je n’y arrive pas, je peux bien sûr demander de l’aide, en respectant les limites de chacun et en n’hésitant pas à demander à l’autre d’expliquer sa réaction si j’en ressens le besoin.
est très souvent utilisé comme une technique managériale délétère pour pousser des employer à faire des "choix" qui vont leur coûter en bien être au travail/santé mentale.

Bref, pour moi la CNV c'est une bonne idée à manipuler avec d'énormes pincettes
 

Kermance

Well-known member
17 Fev 2019
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Arcachon
Comment tu formules ça, hors CNV ? J’ai souvenir d’avoir pris de belles engueulades parce qu’on s’était salis avec mon frangin, à base de « J’en ai marre de passer mon temps à faire des lessives / Tu me prends vraiment pour ta bonniche » ou « Ce tee-shirt est tâché maintenant, tu ne pouvais pas faire attention ?!! ».
Oui, alors, justement, quand tu craques et que tu dis à ton gamin : hey, ton t-shirt est sale, tu pouvais pas faire attention? T'es pas en train d'invalider l'intégralité de son comportement. En vrai, tu constates que son t-shirt est crade, que çà t'irrite, et après? Tu vas pas frapper ton gamin pour çà, il va assez vite intégrer que tu râles, mais que c'est pas grave et entre-temps personne ne lui aura expliqué de manière persuasive qu'il ne doit pas se salir sous peine de provoquer la mort cérébrale de sa mère. En gros, il s'en tire toujours mieux avec un cri du cœur aussi violent que momentané qu'avec une cnv bien chargée en ondes émotionnelles culpabilisantes.

La CNV pour moi, c’est simplement une démarche qui permet d’exprimer de manière constructive ce qui de toute façon sortira à un moment (souvent de manière épidermique), ou me bouffera de l’intérieur. Elle me permet de réfléchir objectivement à ce qui me remue / dérange réellement dans la situation, de le partager (parce qu’on n’a pas tous la même échelle de ressenti) et de chercher une solution.
Un enfant, mais aussi pas de mal gens, ont des comportements, des réactions non rationnelles. La cnv me fait juste l'effet d'être une forme anormale de distanciation. Qu'on s'entende, je suis totalement pour la bienveillance. Mais la non violence comme expliquée dans cet article invite à tout légitimer avec des phrases, et franchement, y'a un moment, t'as pas besoin de réfléchir au fait que ton gosse a brûlé le t-shirt que tu viens d'acheter, faut simplement réagir. Gueuler que çà te saoule ne va traumatiser personne à part toi. Alors que si tu te mets à expliquer à quel point çà t'a personnellement martyrisée, ben oué, là, tu peux choquer et paralyser un enfant.

Hurler à Roger « Vas-tu fermer ta gueule » un jour où je ne supporte plus le son de sa voix, c’est pas constructif (même si parfois c’est efficace). Aboyer sur ses autres collègues ou ne pas se concentrer tellement on est en colère, c’est pas terrible non plus. La solution ensuite, ce sera pas forcément que Roger arrive à parler moins fort, mais peut-être qu’il bossera un peu plus de chez lui, qu’il y aura des endroits pour téléphoner, ou au contraire des bureaux « 0 bruit ».
Ben je ne sais pas, mais si je dis à Roger : "Putain, parle moins fort! Tu me saoules, tu me déconcentres, tu agaces tout le monde", c'est peut-être pas constructif de prime abord, mais c'est sincère, direct et surtout çà me demande un effort, un certain courage. Si çà se trouve, Roger va monter sur ses grands chevaux, mais il aura entendu, et s'il veut s'améliorer, la balle est dans son camp. En attendant, je suis l’agresseuse, c'est moi qui ne le supporte pas, et je l'assume. C'est un mode de communication qui ne l'oblige pas à passer pour un absolu connard. Si çà se trouve, Roger est un mec très bien, qui gueule au téléphone parce que çà le rassure de parler fort -ou c'est un authentique timide qui se fait violence, et gueule au téléphone parce que c'est la seule façon pour lui de survivre à la confrontation- ou c'est un arrogant connard qui ne pense qu'à lui- mais çà je ne le sais pas!
Dans cet exemple, c'est moi le problème, vu que c'est moi qui le regarde en râlant, c'est moi qui ne le supporte pas. Il peut se révolter sans passer pour un infâme bourreau si je l'engueule violemment. Si c'est un connard, il va m'ignorer, si c'est un grand timide, il s'en sortira mieux avec une accusation franche qu'avec des insinuations vaseuses sur le fait qu'il est globalement malaisant, et s'il n'y peut rien, ben au moins il aura réalisé que son comportement me nuit et il pourra en tirer la conclusion que je suis une connasse.

Si j'use de CNV, c'est moi la victime absolue de son comportement, et en disant devant témoins "Je suis dérangée par ton comportement, çà m'empêche de travailler, ouin, ouin", je poserais Roger en situation d'être de base le méchant de l'histoire.

La cnv, c'est , à mon avis, peu partagé, le parent pauvre de la pensée autour de la communication. C'est le degré zéro de la réflexion autour d'une communication équilibrée et efficace.

On ferait mieux de parler de bienveillance, plutôt que de non-violence. La bienveillance possède sa propre violence, et c'est très bien comme çà, mais au moins çà pose une vision du monde où l'autre existe autrement que comme bourreau.