Comment se débarrasser de ses réflexes oppressifs ?

Merlu

#TeamPrendPasPosition
18 Fev 2019
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#1
Tout déconstruit.e qu'on est, ça ne nous met pas complètement à l'abri de réflexes acquis avant cette déconstruction. On peut par exemple se sentir mal à l'aise en présence de certaines catégories de personnes (par exemple parce qu'elle est d'une autre ethnie que la notre). On sait qu'objectivement, c'est une près mauvaise raison, mais le faire comprendre à notre inconscient, c'est une autre paire de manches. En plus de ça, ça altère notre langage para-verbal qui nous fait envoyer malgré nous des signes hostiles à la personne concernée.

C'est très gênant car non seulement on devient oppressif sans le vouloir, mais en plus, c'est très difficile de se confier sur se problème sans passer pour une mauvaise personne. C'est pour ça que je me demande si il existe une méthode pour se débarasser de ces réflexes, ou tout du moins les étouffer.
 
M

Mainlinh

Guest
#6
A mon sens il y a deux choses :

1/ Passivement : Je pense aussi que plus tu vas rencontrer des gens, différents, et plus ces "réflexes" comme tu dis vont se moduler. Parce que ton cerveau va apprendre à ne pas avoir peur, que petit à petit ce ne sera plus de l'inconnu, que tu va multiplier les expériences chouettes avec des gens divers.

Tu peux aussi réfléchir intérieurement au différents avis des gens. Attention, comprendre ne veux pas forcément dire cautionner. Je parle de prendre le recul sur "qu'est-ce qui fait que cette personne est différente", "pourquoi sa sensibilité risque d'être exacerbée sur tel et tel point en comparaison de la mienne". Je pense que globalement on limite beaucoup les comportements oppressifs en travaillant notre bienveillance et la compréhension des autres. Parfois certaines personnes peuvent réagir très fortement à quelque chose qui te passe au dessus sur le moment parce qu’on y a jamais vraiment réfléchi. (Différence de culture, expériences de vie, age, genre, individualités quoi). Et inversement. C'est chouette de prendre du recul, du calme, d'accepter et de ne pas s'énerver en réaction. Et à en discuter quand le calme est revenu.

2/ Activement : Apprendre à identifier les choses. Limiter les comportements oppressif, je pense que ca passe aussi par le fait d’arrêter de les normaliser, même et surtout quand on pense que c'est safe et ne blesse personne. Il y a plusieurs degrés de réaction qu'il est possible d'avoir en fonction de tes capacités/courage qui sont plus doux que de monter au créneau.

Dans un cercle proche, amis, famille, il y a souvent des réflexes qui se mettent en place et qui sont soit-disant "tolérés" par tout le monde et personne n'en souffre. Cette "normalité", c'est pas forcément facile de se rendre compte qu'il ne faut pas l'exporter hors de ce cercle qui soit disant tolère. Par exemple, les groupes de potes qui "pour rire" se lancent des "PD va, enculé, haha" ou "nhuuu t'es trop autiste toi" avec les mimes qui vont avec. Alors, peut être que dans l'environnement intrinsèque du groupe ce n'est pas oppressif, mais comment en être sur ?

L'autre soirée, je ne sais plus comment c'est venu, on avait un pote pas très bien dégrossit et un peu bourré qui à cru bon de faire rire la galerie avec les clichés sur les gays hyper féminisés et les femmes trans. Il a cru que c'était safe avec son cercle, que après tout c'est des potes et qu'il les connait depuis longtemps. Est-ce qu'il a perçu que juste en face de lui il y en avait un qui mettait un masque et riait faux pour pas se faire repérer ? On a été deux sur les 8 à être monté au créneaux et "péter l'ambiance" parce que "ca vaaa, on est entre nous, on se connait quand même holala".
C'est peut être rude ce que je vais dire, mais à ce moment la, ceux qui riaient stupidement en relançant la conversation ils ont été oppressifs avec une personne qu'ils aiment depuis des années. Même si en soit... ils n'ont rien dit et rien fait!
 

Antioche

Las Fritas Barricadas
3 Jan 2019
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#3
J'ai des trucs à dire là dessus, mais pour l'instant j'en profite pour poker @Chocovore :
Je sous marine les topics qui parlent mômes et j'ai remarqué que tu utilisais l'expression ''il est schizophrène'' pour parler d'une personnalité double. Je sais que tu ne penses pas à mal mais la schizophrénie est une vraie maladie, avec sa complexité et ses singularités, et qui est plutôt éloignée des clichés que les neutypiques en ont.
Pour les personnes schizophrènes c'est parfois très dur d'entendre constamment évoquer leur maladie comme un sujet de blague (ou pire, comme une stigmatisation, les schizophrènes étant souvent représentés dans la culture pop comme des gens instables et violents), d'autant plus par des personnes qui ne connaissent absolument le sujet et d'autant plus que même le personnel soignant etc est souvent trop peu informé et donc maltraitant, puisqu'ils charient les même cliches que l'ensemble de la population.



Pour revenir a la question de base, c'est d'autant plus difficile qu'il y a plein de sujets, de personnes, d'impressions dont on ne se doute même pas de l'existence, et cette ignorance nous rend souvent nuisible.
Moi je pense qu'on est jamais deconstruit et que c'est un fantasme. On peut juste être le plus à l'écoute possible et rester constamment vigilant face a nos propres actes et pensées.
 

Aughra

Hormone monstress
2 Jan 2019
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#2
@Merlu j'ai été amenée, et le suis encore, comme beaucoup, à combattre mes propres préjugés et les réflexes qui y sont associés.
C'est difficile, mais avec du temps et de la vigilance c'est possible.
Rien que le fait que tu aies conscience que ton comportement ou tes pensées vont à l'encontre de ce à quoi tu tends, c'est un début. À force de te reprendre toi même pour adopter un comportement plus approprié tu vas probablement en arriver à diminuer, peut-être jusqu'à l'élimination complète, l'occurrence de ces réflexes.
Ce sont des choses que tu as apprises, c'est possible de désapprendre.
Par contre la période sur laquelle ça se fait est très inconfortable, ça demande de se confronter à une partie de soi qui ne plaît pas, et perso j'aime pas trop, c'est là qu'il faut, je pense, réussir à se montrer indulgent.e avec soi même et s'accorder du temps pour défaire ce qui est là depuis des années.
Il existe peut-être d'autres façons de faire plus efficaces, mais c'est ce que j'applique pour moi et avec le temps je m'améliore ^^ Il me reste encore beaucoup de travail sur moi, mais je suis contente de constater que dans certaines situations je n'ai plus besoin de me reprendre.
 
5 Jan 2019
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Lyon
navisseli.tumblr.com
#4
Je suis d'accord avec Antioche. La déconstruction n'est pas un état, c'est un processus. On est pas déconstruit, on se déconstruit.

Pour répondre à la question : s'éduquer. En permanence. Lire des articles, des blogs, des trucs écrits par des concernés. Oui, ça va être désagréable, mais il faut toujours garder à l'esprit que c'est plus désagréable pour les personnes qui vivent les oppressions que pour nous. Certes, c'est quelque chose de désagréable, mais c'est pas censé être confortable de réaliser ses privilèges, et surtout, tu seras une meilleure personne une fois que ce sera fait. :)
 

Nedjma

Punk bibliothécaire
3 Jan 2019
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#5
Je pense que le meilleur moyen de se déconstruire est de côtoyer des personnes d'horizons différents aussi souvent que possible.

Je prends mes exemples persos et espère ne choquer personne.
J'ai été élevée dans le respect de l'autre et des différences, et je n'ai donc jamais sorti une insulte ou un propos déplacé à une personne d'une autre ethnie/culture/invalide etc. Néanmoins, un sentiment de malaise que j'intériorisais, voire des réactions maladroites, oui. Et toute bien intentionnée que j'étais, jusqu'à mes 18 ans, je n'avais côtoyé que des personnes blanches, hétéronormées et valides.
Ma déconstruction s'est faite au fil des expériences.

Mon meilleur ami, je l'ai rencontré à 18 ans. Quand il a sous-entendu, dans une conversation, qu'il était homo, j'ai eu une réaction maladroite. Je suis restée silencieuse, parce qu'en fait je ne savais pas trop quoi dire, bien que cela ne changeait pas ma perception de lui. Par la suite, il m'a dit qu'il avait pensé que je " désapprouvais " son homosexualité par mon silence. Même si ce n'était pas le cas, je comprends pourquoi je lui ai fait croire ça. Par la suite, en discutant naturellement de nos coups de cœur respectifs ( parfois sur la même personne XD ) et en côtoyant d'autres personnes non-hététos, j'ai appris à être naturelle.

Quand j'avais la petite vingtaine, j'ai dû aller vivre dans le 95, dans les coins d'Arnouville. Pour celleux qui connaissant, ce n'est pas le coin où l'on va faire du tourisme à Paris. Moi qui sortais de prépa et de la Sorbonne, qui avais vécu dans le 16e, j'ai été confrontée à mon côté " boubourge ". En enchaînant les petits boulots, j'ai rencontré des gens de qualité et mon classisme s'est évaporé comme par magie.

Enfin, quand j'ai commencé à bosser en IME, j'étais pleine de bonne volonté. Seulement, le 1er mois, j'étais un peu choquée par les visages très marqués de certains jeunes. Bien sûr je ne faisais aucune remarque, j'intériorisais. Mais peu à peu, j'ai appris à voir la personne derrière le handicap, et que chacun n'est pas que son handicap.

Bref, ça fait un peu racontage de vie, mais je suis persuadée que le meilleur moyen de se déconstruire est de côtoyer des personnes différentes, avec leurs parcours de vie à elles. Au final, on s'attache plus aux points communs qu'aux étiquettes et on s'enrichit en tant que personne.
 
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