Apprentissage et transmission du savoir

Viens raconter ton histoire sur Rockie !

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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#1
Un sujet pour parler de l'apprentissage des connaissances et de la transmission du savoir et pour partager nos idées et sources liées à ce sujet.

En petite chanson introductive je mets “Apprendre” de Yves Duteil pour être dans le thème.
 

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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#2
L’apprentissage m’intéresse beaucoup récemment depuis que je suis devenu papa et que mon enfant apprend beaucoup de choses et manifeste une certaine soif de connaissances (alors qu’il n’a même pas encore commencé la période des “pourquoi ?”).

Le savoir a cette faculté presque magique qui fait que contrairement aux biens matériels lorsqu’on le partage sa quantité globale augmente. Surtout lorsque les plus rationalistes d’entre nous connaissent la célèbre citation qu’on attribue faussement à Lavoisier ou à Anaxagore mais qui résume pourtant parfaitement leur pensée : rien ne se perd rien ne se crée tout se transforme

En fait je venais parler en particulier de le plaisir d’apprendre un livre de Philippe Meirieu où il résume cette idée de la manière suivante :

Philippe Meirieu dans le plaisir d’apprendre a dit:
Apprendre nous fait, en effet, accoster aux rivages d’un univers où chacun peut prendre et donner sans appauvrir ni s’appauvrir. Partager sans s’épuiser ni épuiser. Car, au contraire de la consommation compulsive, apprendre ne fait pas disparaître les richesses que l’on s’approprie mais les multiplie. Ce que j’apprends redouble mon plaisir d’apprendre ; ce que j’ai appris je peux l’enseigner ; ce que j’enseigne pourra être partagé.
J’avais déjà entendu son nom dans des débats portant sur l’éducation, l’apprentissage et l’école mais lorsque j’étais élève et concerné. J’avais retenu dans les débats enflammés que le personnage avait un gros biais idéologique/politique. Et j’ai donc abordé le livre en connaissant cette information.

En fait j’ai bien apprécié ce livre qui reflète parfaitement le fond de ma pensée (surtout la première partie écrite pas Meirieu lui même) à croire que j’ai le même biais idéologique que lui.;)

Par contre le gros biais de l’auteur à mes yeux : il écrit pour les gens comme lui (parmi lesquels je m’identifie), il cite un grand nombre d’exemples pluridisciplinaires, d’auteurs, de concepts scientifiques ce qui ne rend le livre pleinement accessible qu’aux anciens bons voir très bons élèves…
Je trouve ça encore plus flagrant sur une partie des chapitres des invités contributeurs (Oui c’est toi que je vise Bernard Stiegler et ton idéalisation platonicienne :lalala:).
Cela va pour moi à l’encontre du message du livre qui préconise un apprentissage et un savoir pour tous.
 
You Rock !: Moonwyn

Jeanne

Well-known member
4 Jan 2019
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#3
@Chocovore Je ne connais pas du tout ce livre ni cette auteur mais ce que tu dis de son biais souleve une question interessante justement.

Tu dis qu'il cite beaucoup d'exemples en tout genre et que cela s'adresse donc aux bons voir très bons élèves.
Qu'entends tu par là? Je ne suis pas d'accord avec l'association bons elèves (se refèrant donc, sauf si je me trompe) au système scolaire et connaissances (background culturel en gros) . Pour moi,c' est completement dissociable.
Etre un bon elève ne signifie pas avoir des connaissances.
Combien ont juste recraché leurs cours et fait exactement ce qu'on leur demande pour avoir de bonnes notes et de ce fait devenir un "bon élève" au yeux du système pour tout oublier ensuite, et inversement, des personnes qui ne s'interessent pas à l'école et qui pourtant se cultivent et apprennent beaucoup de choses par leurs propres biais, et avec passion (j'ai personnellement beaucoup d'exemple dans mon entourage).

Un autre point mérite aussi d'être soulevé. Prenons mon exemple, si je lis un livre que j'ai choisi et dont le sujet m'interesse, et que j'y trouve des références avec lesquelles je ne suis pas familières , je vais aller les chercher pour comprendre et enrichir mes connaissances.
Je trouve justement cela indispensable pour ouvrir les horizons et ne pas "niveller" par le bas en utilisant des références dont on est sûres qu'elles sont communes à tout le monde (et cela est vraiment de plus en plus courant). Il faut pouvoir justement titiller cette soif d'apprendre, d'aller toujours plus loin, et avoir cette humilité de se dire que non, on ne peut pas tout connaître d'emblée

Encore une fois, je ne connais pas ce livre mais pour moi, utiliser des références "pointues" ne va pas du tout à l'encontre d'un livre qui préconise le savoir pour tous, ce serait peut être passer à côté du message.
Je pense qu'il faut se demander ce qu'est vraiment l'apprentissage, et par où et comment on y arrive.
 
You Rock !: AngèleLN

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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#4
@Jeanne Pour moi rien que le fait que tu ais le réflexe d'aller chercher faire des recherches pour te renseigner sur ce que tu ne connais pas et que ça te semble naturel, est une preuve du caractère extraordinaire de ta démarche au vu de la faible proportions des gens qui le font car ils n'ont pas les outils pour le faire. Si on en est tous capable en théorie, le livre montre combien c'est dur pour ceux qui n'ont pas eut la chance d'avoir le bon environnement pour l'apprendre, c'est justement parce que c'est ce qu'il dénonce que je me permets de pointer ce fait.

Le terme bon élèves était sans doute un raccourcis trop facile mais le livre évoque un certain nombre de théorèmes de mathématiques et de science qu'on apprend dans le système scolaire en section scientifique voir en math sup. Ainsi que des références littéraires qu'on apprend là aussi dans des classes avancées si on reste à l'école.
Il est vrai qu'on montre parfois l'exemple d'immigré de fraîche date ne maîtrisant pas la langue d’accueil et qui deviennent des intellectuels brillants, mais c'est la version intellectuelle du "self made man" américain qui partit de rien devient millionnaire, c'est l'exception et non la règle.

Moi aussi je baigne dans un milieu, où c'est totalement naturel d'accroître ses connaissances tout au long de sa vie, et je connais aussi beaucoup de gens qui le font. Sauf que mon milieu n'est pas du tout représentatif de la population.

Sur le fait que l'apprentissage ne se fasse pas qu'à l'école est la raison qui m'a poussé à parler de ça ici et pas sur le sujet des profs.
 
Dernière édition:
You Rock !: Lolita et UranusMarie

Jeanne

Well-known member
4 Jan 2019
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#5
@Chocovore Tu l'as lu en entier? ( car le résumé que tu as écrit est très ... "résumé" ;))
S'il dénonce ça, est ce qu'il apporte des solutions, ou des pistes? C'est quoi ses "thèses" /idées/ reflexions (en gros, si c'est possibl)

Je me pose la question de comment pallier à la non transmission par le milieu d'origine pour arriver à donner le goût de l'apprentissage si on "provoque" pas l'individu en le sortant de sa zone de confort. (sans aller jusqu'à sortir des théoremes scientifiques très pointus non plus)

Sans tomber dans l'excès de l'immigré qui part de rien et devient millionnaire (d'ailleurs, encore une fois, quel rapport entre l'enrichissement personnelle et financière? ), j'ai plusieurs exemples autour de moi de personnes issus de milieux modestes voir très modestes qui ont ce gôut pour faire des recherches pour peu que ça les interessent et motivent.
Je dis pas que c'est le cas pour tout le monde, et sais que ce n'est pas évident quand on a pas les outils, mais c'est aussi une qualité inhérente de l'être humain aussi, d'essayer de comprendre et de savoir, à la base.
Mais je me fourvoye peut être totalement :)
 

Chocovore

éclair au chocolat
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#6
@Jeanne Pour Meirieu c'est à l'école de transmettre le plaisir d'apprendre à tous alors qu'elle à tendance à se replier sur un fonctionnement utilitariste (et quelle peut même détruire influencer négativement le plaisir d'apprendre). De manière à ce que celle-ci ne soit plus une inégalité de naissance.

Après je donne peut être l’impression que le livre est une méthode mais c'est avant tout un manifeste qui vise à démontrer que l'école actuelle ne peut dans l'ensemble pas le faire et que le plaisir d'apprendre actuel vient principalement de la famille mais aussi individuellement de certains professeurs ou figures marquantes rencontrées voir spontanément. (+ une série de témoignages qui disent souvent la même choses, des fois simplement, des fois dans un style tiré par les cheveux)

J'ai tendance à dissocier capital financier et intellectuel culturel. Je n'irai pas jusqu"à dire que ma famille était modeste (Je ne suis pas Macron) mais elle ne faisait clairement pas partie des classe aisées (famille de profs, enfin mon père après son chômage). Pourtant elle à un gros capital culturel et c'est clairement une sacrée inégalité de naissance. (Ça m'a par exemple permis d'avoir les places privilégiées dans l'enseignement public). J'ai appris beaucoup de chose dans les livres à la bibliothèque municipale (consultation gratuite sur place, 50 francs par ans pour en emprunter) mais ce n'est pas un réflexe naturel de le faire (sinon les bibliothèques seraient pleines à craquer en permanence), il m'a été enseignée (principalement par ma mère).
 
Dernière édition:

Jeanne

Well-known member
4 Jan 2019
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Toulouse/ Belgique
#7
@Chocovore Pour le fait de dissocier capital financier et culturel (je trouve ça plus pertinent qu'"intellectuel", mais c'est mon choix :) ), je suis completement d'accord avec toi, je repondissais juste à cause de ton exemple ;)

Clairement, l'école n'a plus ce rôle, qui se voulait être à une époque d'"égalité des chance" (si tant est que ça ait vraiment fonctionné un jour), on ne lui donne plus cette place ni le temps pour ça et c'est bien dommageable. Il me date que ce constat ne date pas d'hier, il date de quand ce bouquin?
C'est navrant mais, au vu du système actuel, ça ne risque pas d'aller en s'améliorant d'ailleurs....
 

Chocovore

éclair au chocolat
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#8
@Jeanne Oui j'ai fais une faute de frappe. Au début j'avais écrit capital culturel et intellectuel mais ça n'avait aucun sens. Puis j'ai changé le mauvais mot. :)

Le livre date de début 2014.
 
10 Jan 2019
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#9
Meirieu a un site qu'il tient à jour avec des liens vers les diapos de ses conférences, les interviews qu'il donne... : http://meirieu.com/

Je n'ai pas d'enfant, je suis prof des écoles donc c'est beaucoup axé autour de la classe mais si on partage les sources, mes lectures ont tourné autour de :
- les auteurs incontournables sur les théories de l'apprentissage autour de l'éducation nouvelle et du constructivisme : Piaget, Vygotsky, Freinet, Montessori, Dewey
- les mots-clés : behavorisme / pédagogie par objectif / pédagogie de projet (tâche finale) / enseignement explicite / psychologie cognitive / pédagogie positive
- des bouquins de psychologie de l'enfant, du développement ou sur l'activité cognitive (en intro pour survoler le tout, j'avais par exemple le manuel "Psychologie pour l’enseignant") qui sont vraiment intéressants pour les différentes phases de développement, les mécanismes en jeu dans X ou Y activité cognitive, la mémoire...
- je trouve aussi très enrichissant de s'intéresser aux recherches sur les personnes ayant des difficultés d'apprentissages
 
You Rock !: Chocovore

Nedjma

Punk bibliothécaire
3 Jan 2019
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#10
Pour tout ce qui est de l'ordre du savoir, Montaigne reste incontournable à mes yeux avec " Une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine ".
Je suis convaincue qu'il faut d'abord s'axer sur la façon dont l'enfant apprend, son rapport à la nouveauté avant de voir le contenu qu'il apprend. J'aime beaucoup la philosophie Montessori.

C'est l'idée que l'enfant ne doit pas être vu comme un petit adulte en devenir mais comme un enfant. Avec son rapport au monde bien à lui, qu'il faut maintenir et encourager. Le rapport au monde de l'enfant ( selon la pédagogie Montessori ), c'est celui d'un être curieux, enthousiaste, qui a besoin de passer par le jeu et par l'expérimentation. J'aime l'idée d'un apprentissage qui passe par la liberté, la créativité, et surtout de ne pas avoir peur de se tromper. L'erreur fait partie de l'apprentissage, et l'enfant ne doit pas avoir peur d'en faire.

J'aime aussi l'idée selon laquelle l'enfant ne doit pas apprendre " vite ", mais à son rythme. Qu'il apprenne des choses en adéquation avec ses centres d'intérêt et son stade de développement cognitif. On n'attend pas d'un enfant qu'il accumule le plus de savoir possible, sur des sujets socialement valorisés. On souhaite au contraire développer l'intelligence et la confiance en soi de l'enfant. Afin qu'adulte, il maintienne une curiosité, une ouverture d'esprit qu'il ne bride pas par la peur de ne pas savoir.

Je ne souhaite pas être maman, mais si j'en avais eu, j'aurais eu à coeur d'éduquer mon enfant à travers les prismes Montessori/Freynet/Makaton.
 
You Rock !: Moonwyn et Chocovore

Chocovore

éclair au chocolat
9 Jan 2019
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#11
@Nedjma Entre mes lectures et mes propres constats je me suis aussi rangé à l’idée qu’il n’y a pas de moteurs plus motivant en apprentissage que sa propre curiosité. Et qu’il est nécessaire de transmettre à ses enfants plus que du savoir, des méthodes pour qu’eux même puissent élargir leurs horizons. D’où la centralité de ce plaisir d’apprendre qui n’est pas transmis à coup sûr par l’école.

Mon propre enfant ne maîtrisant pas encore ces outils, j’essaye de l’aider du mieux que je peux concernant sa curiosité. Et je me rend compte qu’actuellement il y a l'énorme avantage avec internet à la maison ou il est maintenant ultra facile d’avoir accès à une quantité de photos et d’images impressionnante qu’il était moins évident d’avoir il y a 20 ans.

@Elixir Je pense que lire directement les livres de Piaget sera dans mes prochains projets de lecture (et j’ai l’impression que lire Vygostky en est la suite logique).

Lorsque je suis, moi même amené à transmettre des connaissances dans le milieu pro, je le fais uniquement face à des adultes, souvent très diplômés et/ou expérimentés, avec des grandes facilités d’abstractions. Et en lisant Piaget je me rends compte qu’on ne peut avoir la même approche avec des enfants, surtout en bas âge.

Pour continuer dans la lignée de Piaget et du constructivisme je suis en train de lire “Comment les enfants apprennent à calculer” de Rémi Brissiaud. Et depuis le départ j’ai une impression de déjà lu…
Mais c’est parce qu’un peu par hasard dans une chaîne de mails transférée par un ancien camarade devenus prof de math j’ai lu l’article suivant ;
http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2019/04/03042019Article636898719474337156.aspx

C’est assez intéressant, mais bien entendu je suis un adulte, et comme j’ai fais des maths jusqu’à bac+5, j’ai un niveau d’expert de la discipline, je ne puis qu'être acquis à son idée de renforcer la “décomposition-recomposition” face à un abus de “comptage-numérotage”.
Mais c’est assez difficile de se faire un avis dans la mesure où on a perdu ses réflexes cognitifs d’enfants et qu’on en côtoie peu.

Ces théories sont un monde assez nouveau pour moi, mais je distingue maintenant certaines logiques et articulations. J’aurai aimé qu’on me les présente lorsque j’étais moi même élève mais si je pense que nous n’aurions pas été très nombreux à être intéressé par la nature spiralaire des programmes et autres de ses concepts associés. :cretin:
 
You Rock !: Nedjma